Jocelyne1955 : 43 ans d'alcoolisme vaincus grâce au baclo

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Jocelyne1955 : 43 ans d'alcoolisme vaincus grâce au baclo

Messagede changethescript » 30 Mai 2018, 15:00

jocelyne1955 » 21 Mai 2018, 17:49

En janvier 2015, je commençais un témoignage de guérison que je n’ai jamais posté. La suite me montrera que j’avais raison de le garder caché. Le voici :
Témoignage de guérison ? Témoignage de rémission ?
Osons le mot guérison
J’ai bientôt 60 ans
Dès que j’ai plongé mes lèvres dans un verre d’alcool, à 19 ans – donc il y a 41 ans - je suis devenue alcoolique. C’est-à-dire que j’ai eu une utilisation de l’alcool « pervertie » (= détournée de la normalité)
Je l’ai utilisé pour exprimer aux autres mon mal-être, pour extirper de moi tout ce qui ne pouvait sortir en mots, pour calmer mes angoisses, pour être à l’aise avec les autres…
S’en est suivi des périodes calmes et des périodes de profonds malaises avec tentatives de suicide, hospitalisations diverses, internement en HP…
Quinze ans d’analyse pure et dure (un psychanalyste lacanien 3 fois par semaine) m’ont permis de démolir et refaire les fondations, de déconstruire et reconstruire ce que j’étais vraiment mais qui était enseveli sous 3 tonnes d’inhibitions, de symptômes, d’angoisses.
Pourtant avec l’alcoolisme toujours là qui résistait. Raisons plus ou moins identifiées : identification à un père alcoolique etc. J’avais beau comprendre, dire et redire, l’alcool restait présent comme un gros bouton au milieu de la figure
Pas en permanence mais à la fin comme résistant à toute interprétation
Et bien le baclofène en 7 mois m’a permis de devenir (je ne peux même pas dire redevenir – je ne l’ai jamais été) normale par rapport à l’alcool
Grandes périodes de psychothérapie où le mal-être l’emportait tellement sur l’alcool qu’on l’oubliait
Première mise en évidence : à ma question « est-ce que je suis alcoolique » « vous ne l’êtes pas encore mais vous êtes sur le chemin pour…
Et mon chemin avec l’alcool s’est continué. Alcoolisations massives avec crises de manque, mélange alcool + anxiolytiques ou somnifères
Médecins traitants très embarrassés par mon alcoolisme qui n’avaient pas grand-chose d’efficace à me proposer (aotal, anxio…) Alcoologue… Vous êtes intelligente, vous savez que vous vous détruisez…
L’espéral – pourtant dépassé comme médicament – mais qui me permettait de garder le contrôle sur ma consommation : quand je me sentais trop fragile, que je voyais ma consommation trop régulière
Période de contrôle entrecoupée de périodes de laisser-tomber où à nouveau l’alcool reprenait le dessus
C’était ma vie jusqu’à ce qu’en mai 2014 mon médecin me propose le baclofène parce que je parlais d'une rechute (grosse angoisse un matin après une journée festive où j'avais consommé environ 2 bouteilles de vin - angoisse qui ne pouvait être calmée par le Séresta et qui m'a poussée à finir les bouteilles qui restaient). Je lui parlais aussi de grosses tensions musculaires qui me faisaient avoir des lumbagos à répétitions. Ce médecin m'avait refusé le baclofène il y a environ un an (sans beaucoup d'explications).
Bon, il n’y croyait pas beaucoup
Quand je l'ai revu un mois après, je lui ai expliqué que cela n'avait aucun effet sur mes envies de boire
Il a tout de suite dit "Bon, alors on laisse tomber" (ce qui semblait l'arranger...). J'ai dit non, que je voulais augmenter.
Je suis arrivée sur le forum à 60mg sans aucun effet sur mes envies de boire
Change m’a aidée à monter (et même parfois à descendre quand j’avais trop d’EI) et le 13 décembre l’indifférence est arrivée. Je raconte sur mon fil où j’en suis et rajoute « Je viens de me rendre compte que j'avais oublié ce qui s'est passé samedi soir : le 4ème verre, je n'en ai bu qu'une gorgée et j'ai jeté le reste dans l'évier car j'étais écœurée.
Etonnant que j’aie oublié cette petite victoire ! Pourtant c'en est une !
Je ne m’étais même pas rendu compte que pour une fois moi qui comptais les verres bus, les verres restant à boire, les verres de trop… j’avais négligé le dernier verre.
Ensuite l’indifférence s’est confirmée avec les fêtes de fin d’année : Noël ma stupéfaction
Je la dis à hbb :
« Ce qui a été génial, c’est – alors que je venais de boire 2 coupes de champagne et qu’on venait de m’en resservir une autre - de pouvoir dire à quelqu’un : tiens tu la veux parce que moi je n’en ai plus envie (en m’excusant auprès de celui qui l’avait acheté : ce n’est pas parce qu’il n’est pas bon …) et puis de ne plus être dans cette fébrilité de l’alcoolo (quand va-t-on commencer l’apéro, quand va-t-on ouvrir la bouteille suivante…)
Et puis de pouvoir m’endormir sans la crainte de me réveiller en ayant envie de finir les bouteilles qui restent…
Ce qui est bien aussi c’est de n’avoir envie que de me servir que des fonds de verres juste pour goûter …
Et même ce soir : le plaisir de voir une bouteille dans le frigo alors que je vais me coucher et me rendre compte que je n’ai pas envie de la finir… ce qui ne m’était jamais arrivé ! »
Réveillon du 1er de l’an, j’écris à Change :
« Le réveillon du 1er de l’an me l’a encore une fois prouvé : que 3 verres et sans aucun effort pour me contrôler
Mais ce qui est un peu bizarre, c’est que je ne rencontre pas l’indifférence comme je me l’étais imaginée : ce n’est pas un désintérêt mais une sensation de « trop plein » (je n’ai plus envie de boire parce que mon corps – ma tête – disent stop : il y en a trop)
Cependant l’intérêt est toujours là : ce soir, il restait une bouteille dans le frigo et j’en avais envie. Pas au point de l’ouvrir, mais quand ma fille m’a proposée de la partager j’étais très contente… Pourtant au bout de 2 verres, même sensation de satiété, pas envie de plus… »
Et Change qui me rassure :
« Tu n'as donc plus de compulsion à boire. Tu apprécies un verre ou deux sans que cela déclenche une conso incontrôlable. Et pour moi c'est ça l'indifférence. »



Au fil des mois, depuis cette date, mon indifférence à l’alcool devient très fragile (je n’ai jamais pu descendre en dessous de 120mg). Mon appétence pour l’alcool revient de plus en plus (je n’ai pas une consommation quotidienne mais je sens bien que j’ai du mal à m’arrêter à deux verres). Surtout en mai 2016, quand je retrouve un chez-moi, toute seule, sans le regard des autres (je vivais avant en cohabitation choisie avec mes enfants, mon gendre et ma petite-fille). En novembre 2016, accident domestique : fracture du bassin. Je suis immobilisée pendant plusieurs mois. Ma consommation devient quotidienne, allant parfois jusqu’à 2 bouteilles de vin par jour. Je continue ma montée de baclo mais je suis très gênée par les effets indésirables. Je monte, je descends le baclo. Je l’arrête même à 2 reprises (le soupçonnant d’être à l’origine des douleurs qui persistent suite à mon accident)
Quand enfin je suis débarrassée de mes douleurs (environ vers mai 2017), je reprends une progression avec la ferme intention d’aller jusqu’au bout. L’indifférence, je l’ai connue et je veux la retrouver. Mais je continue à galérer. Ma consommation est encore importante et le baclo mélangé à l’alcool provoque des effets indésirables qui rendent impossible le passage des 300mg. Pourtant, je sens que ma dose-seuil est au-delà. L’idée de l’abstinence commence à faire son chemin dans ma tête, comme solution me permettant de pouvoir continuer sans trop d’EI la montée du baclo. Je réussis à tenir 4 semaines puis grosse rechute (alcoolisation massive jour et nuit). Puis à nouveau 4 semaines et même rechute. Depuis 2 mois je n’ai pas bu une seule goutte d’alcool. Je n’ai plus de pensée d’alcool. Je ne m’intéresse plus aux promotions sur les bouteilles de rosé. Pas de passage nostalgique au rayon alcool. J’ai trouvé ma boisson plaisir/ détente (le jus de pommes). Je le bois gazéifié quand les autres prennent l’apéro
Je suis à 360mg de baclo, indifférente à l'alcool depuis le 16 mai 2018
Moi qui ai toujours refusé l’abstinence comme but de mon parcours contre mon alcoolo-dépendance, je l’ai acceptée comme solution pour pouvoir monter jusqu’à l’indifférence. Va-t-elle devenir une conséquence de mon indifférence ? Je ne le saurai que dans 6 mois !
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