Posté: 11 Avr 2013, 12:02
de Jean
C'est pas terrible comme présentation, mais devant l'avalanche de questions :-)

Je ne voulais en rien vous blesser, Jean.
Déjà précisé : il n'y a pas offense. Je crois qu'on a tous le défaut de lire en diagonale sur un écran d'ordinateur (ce qui est attesté par des études sur le sujet)

Si vous le voulez bien, continuons à échanger sur deux points. Surtout, croyez que je ne juge pas et que je sais la douleur des malades, la difficulté de leur combat, l'abîme de leurs affres et de leurs épreuves sur bien des plans. J'ai suivi beaucoup d'histoires sur le forum, avec la description d'effets secondaires sauvages, dont tous ceux que vous décrivez. Le changement de répartition, une baisse ténue ou importante (sans aller jusqu'à l'arrêt complet, jamais...) ont été couronnés de succès. Par contre, étant donné que l'addiction vient d'une faiblesse constitutionnelle,
Je parlerai plutôt de déséquilibre chimique. Le choix du terme "faiblesse" n'est pas anodin :-)

il est malheureusement probable que le malade ait besoin d'un petit peu de baclofène en dose d'entretien, à vie ou presque, comme moi, qui n'ai plus de thyroïde, j'ai besoin de Lévothyrox (tiens,fort difficile à doser...) ou comme les diabétiques ont besoin de leur insuline, les cardiaques d'autre chose.
C'est bien le problème que je soulève dans mon dernier post. On est au risque de se coltiner ces putains d'effets indésirables pour le restant de nos jours. Et c'est là toute la différence avec l'insuffisante thyroïdienne ou le diabète. Ce qui écorne l'agrément de vie dans ton cas, c'est l'insuffisance, pas le traitement. Quand celui-ci est bien dosé, cela t'apporte un bien-être. Imagine devoir prendre du Lévo alors qu'il t'empêche de respirer par le nez, notament la nuit, et que ça détruit ton sommeil, et aussi celui de ton conjoint, par tes ronflements d'ogre -pour ne parler que de cet effet là.

Quand tu dis "un petit peu de Baclofène", ça veut dire quoi ? Est-ce par rapport à ce que la personne a pris au maximum, ou par rapport aux doses pour lequel ce médoc a été créé ? Comme je le disais dans mon dernier post, à 80mg, c'est à dire rien en regard des doses nécessaires aux alcooliques, je ressentais la totalité et la pleine nuisance des effets indésirables, et sans la moindre dose d'alcool. Ce médoc n'est pas anodin. Cet élément de langage qui nous vient d'Ameisen, et qui est repris sur le forum : "effets gênants peut-être mais pas dangereux pour la santé" est aussi un arbre planté pour cacher la forêt. Il n'y a certes pas de risques type Médiator. Est-ce une raison pour considérer qu'ils ne sont qu’anecdote (pour mémoire : mon sifflement d'oreille qui perdure 10 mois après la fin de mon traitement) ?

"un forum Baclo où le point visé est non pas le deuil mais l'indifférence" : vous avez touché le point ultra sensible, Jean. Le gros problème est que l'indifférence est une transformation chimique du cerveau qui conduit à éliminer l'appel à l'alcool, à la nourriture compulsive, aux drogues. Le deuil, lui, est une démarche psychologique qui permet de se couper d'une autre dépendance, plus sournoise : celle de l'habitude, de la récompense, du refuge dans la griserie, de l'oubli ou que sais-je.
J'ai appris à tenir à distance ces formidables mises en boîte que sont les expressions psychologiques. "faire le deuil", "n'a pas fait le deuil.." Catalogué !.. par une profession toute puissante, qui sait, comme les médecins savent. Les psychologues ont une arme bien plus redoutable entre leur main car Ils manient le Verbe, pardon : UN Verbe qui leur est propre mais qui désigne ce qui en nous dépasse notre conscient, puisque justement c'est de l'inconscient qu'il s'agit. Alors on acquiesce, et le cas échéant, on s'en reprend une couche sur les strates de culpabilisation qui recouvrent l'alcoolique. Faire son deuil signifie faire un travail sur soi qui aboutit au renoncement. c'est donc une action non seulement réfléchie mais volontaire. Si je n'ai pas fait ce travail, c'est que je n'ai pas voulu le faire. Si je n'ai pas voulu plus fort que mon envie d'alcool c'est que je manque de volonté. Seuls des ignares se permettraient de sermonner un alcoolique en lui disant ; tu manques de volonté face à l'alcool. Pourtant, quand on dit de quelqu'un qu'il n'a pas "fait le deuil de l'alcool", on dit exactement la même chose. Ce ne pourrait être qu'un constat, mais la même formulation peut devenir sentence.
Si l'on est sur un forum dédié au Baclofène, c'est bien parce qu'on sait tous que la puissance de cet appel d'alcool qui vient du plus profond de nous est plus fort que la volonté des plus volontaires d'entre nous. Ce qui ne dispense pas ceux qui se font aider par le Baclo d'y mettre aussi du leur.


Le psycho est d'une puissance considérable ; il suffit d'un tout petit grain de sable inconscient pour que l'action de la chimie sur le soma soit perturbé, surtout si le traitement n'est pas allé au bout du chemin, voire même si le but a été atteint. Nous sommes tous fragiles, les dépendants le sont plus encore. Est-ce que vous sauriez expliquer ce que vous apporte cette demi-bouteille de whisky ?
Je sais ce que ça me coûte :-) Cette question ne peut venir que d'une personne étrangère aux affres du manque, aussi proche puisse-tu être d'une personne alcoolique. Il y a une grande part d'incompréhensible, même quand on le ressent soi-même. Sinon, ce n'est pas la potion magique pour être un surhomme, plutôt, comme l'a dit Ameisen, pour cesser un instant d'être un sous-homme. Enfin, ça c'est au début. Après ce n'est plus que du manque.

La commencez-vous sous l'effet physique du craving ou y a-t-il "autre chose" ? Vous avez l'honnêteté de conclure : Les conséquences de ma sujétion à l'alcool n'étaient pas au niveau pour me faire passer outre le ressenti des effets secondaires, et me motiver pour en remettre une dose. Je peux vous dire que les conséquences de la sujétion à l'alcool de notre fils ne portaient pas à une réflexion autre que "marche dans le traitement au baclofène ou crève...". Il me disait encore l'autre jour qu'il avait réagi par instinct de survie. Moi, je pense, pour l'avoir suivi durant des mois, qu'il y avait bien autre chose. Certes, les effets secondaires que vous décrivez sont lourds. Vous avez même subi, comme quelques uns, ceux que le baclofène est sensé faire disparaître (agoraphobie, angoisse, dépression). Je comprends que vous ayez déprimé sous l'effet de la douleur constante. Souffrir est débilitant et isole. Je n'ai aucune capacité médicale et je serais curieuse d'avoir l'avis du médecin du site sur votre cas. Lui aviez-vous posé le problème ?
Si l'historique du site le permet, remonte-le jusqu'à la question que je lui ai posée, puis sa réponse, puis ma réponse à sa réponse... Sinon, je dois les avoir en archive, je te les enverrai par mp. Tu comprendras aussi que mon ire en entendant Beaurepaire l'autre jour a des origines un peu lointaines.

Vous aviez lu la notice du baclofène ; avez-vous lu celle du Valium, celle du Séroplex, celle de l'Alprazolam ?
Je ne prendrai ni l'un ni l'autre ni l'autre de ces médocs. (petit apparté : on a beaucoup dit que la prescription d’anxiolytiques et d'antidépresseurs était une spécialité hexagonale. Il est des cas où ils sont une nécessité, j'en conviens. Mais si, à l'occasion, tu regardes Public Sénat, peut-être auras-tu la chance de voir une rediffusion d'un reportage sur les maladies inventées par les labos pharmaceutiques (en fait, il s'agit de baisser le seuil à partir duquel le médecin doit diagnostiquer la nécessité de l'ordonnance d'un médicament. Détaillé dans l'émission : le cholestérol, les troubles pré-menstruels (anxiolytique), le "rhume de cœur" au japon (antidépresseur), les sautes d'humeur => bipolaire de type 2 et suivants, les troubles de l'érection et autres). Fin de l'apparté
Le gros problème de la chimie du cerveau, c'est qu'elle est complexe et qu'on n'est qu'aux balbutiements de sa découverte ; ces schémas sont totalement imbriqués les uns dans les autres et interférants, et toute chimie artificielle vient contrecarrer ce fonctionnement. Actuellement on ne guérit rien dans ce domaine. Toute solution qui apaise un symptôme en crée d'autres. Ce que la pharmacopée propose actuellement relève plus de la camisole que d'un réel traitement qui, lui, conduirait à une guérison. Baclofène y compris.

6 mois d'abstinence sous baclofène. Vous arrêtez le traitement : quand buvez-vous à nouveau ?
Après le premier arrêt, peut-être deux semaines après. Après le deuxième arrêt, plus de trois mois. La deuxième fois j'étais porté par ce sentiment de libération. Ca donne de l'élan...

Pardon pour toutes ces questions. Vos réponses me permettront de mieux comprendre. J'ai vu sur le sujet d'Untel votre réponse sur la sérénité face à votre maladie, arrivée après l'arrêt du traitement
Cette sérénité, c'est déjà la disparition de toute forme de culpabilité. Merci le forum et merci à ses membres. C'est d'avoir compris et admis que s'éloigner de l'alcool c'est un très long chemin. C'est d'être convaincu qu'en cette matière comme en bien d'autres, la notion "d'objectif" est contre productive -surtout que c'est une notion chère à l'économie libérale, et qui a noyauté la sphère privée - et qu'elle en a conduit beaucoup au suicide. La sérénité, c'est de se dire "jusqu'ici tout va bien", ce qui ne veut pas dire : jusqu'ici je ne suis pas malade. C'est de rester dans cette direction qui est de tenir l'alcool à distance. Jusqu'ici tout va bien c'est l"ici et maintenant" des bouddhistes Zen, ce qui exclut toute idée de but ou de cible à atteindre, mais plutôt : "comme la masse de neige qui tombe de la feuille de bambou". Il se peut qu'une maladie induite par l'alcool viennent perturber cette sérénité. Il se peut aussi que j'en meure avant d'avoir pu avancer plus significativement dans cette direction que je me suis donnée.
Je te laisse, je dois me préparer : je vais rejoindre mes collègues. Nous nous rendons cet après-midi à l'enterrement de celui que j'évoquais dans mon premier post sur ce fil. Il ne fumait ni ne buvait une goutte d'alcool. 55 ans, dont une année à ne plus s'appartenir, dans le circuit des traitements anticancéreux.