Posté: 10 Avr 2013, 02:43
de Jean
Ouaff, que de mots...

J'aurais juste souhaité ne pas lire, vu ce que j'avais écrit avant, que je n'arrivais pas à faire le deuil de l'alcool... enfin !..

Petit résumé de mon expérience Baclo avec ces précisions en préambule : Après 15 années d'alcoolisme, je n'ai jamais connu d'état nécessitant une hospitalisation, ni de résultats d'analyse catastrophiques, ni aucune alerte. J'ai même appris, par fierté, à ne pas être minable et à faire bonne figure avec ma dose derrière la cravate. Le whisky est ma seule drogue. Je ne consomme ni stupéfiant ni médicaments ni tabac. Seulement ma 1/2 bouteille quotidienne. Mon humeur reste égale et j'ai même 12 points sur mon permis car je m'alcoolise le soir chez moi. J'ai un boulot et ne suis pas déssociabilisé, et très peu d'absentéisme dû à l'alcool. Les deux effets les plus évidents sont sur le tour de taille et sur le porte-monnaie. Ma dose n'augmente ni ne baisse depuis des années, en dehors de quelques rares variations dans un sens ou dans un autre.

Cela fait 7 années que je m'efforce de tenir la bouteille au loin, avec des succès et des rechutes qui font que les périodes cumulées passées "au sec" doivent être égales à celles cumulées des alcoolisations quotidiennes. La balance penchait en défaveur de ces dernières jusqu'à ce que le l'épuisement des solutions d'aide envisageables (après l'expérience Baclo) me laisse quelque peu démuni, comme je l'indiquais dans mon message précédent. Mes périodes sont dorénavant plus courtes. Si je rechute plus facilement, je trouve plus facilement aussi des fenêtres de lancement vers une période sobre. Je vis cela avec une grande sérénité (sauf quand j'entends Beaurepaire :-) et aucune amertume. Je ne me berce plus d'illusions ni ne crois plus à certaines incantations comme faire le deuil de l'alcool (surprenant de lire ça dans un forum Baclo où le point visé est non pas le deuil mais l'indifférence).

Certaines petites phrases anodines, entendues à point nommé, ont lentement construit ma réflexion et contribué à cette sérénité : l'alcoolisme est une maladie chronique... Nous (psychiatres) considérons qu'on ne peut rien y faire... Il faut en moyenne 10 ans pour qu'un alcoolique s'en sorte (bien qu'il reste alcoolique à vie)... Notre rôle (addictologues) est de faire en sorte que les malades vivent le mieux possible...

... Cette dernière remarque introduit à point nommé le détail de mon expérience Baclo :

Premier essai, enthousiaste et impatient, à tel point que j'ai même cessé toute conso d'alcool 8 jours avant le début du traitement. J'ai ressenti très vite les effets de la molécule... sur ma façon de me nourrir. 6 mois de sobriété avec un tout petit dosage (80mg), dont 7 semaines avec des douleurs cervico brachiales invalidantes, plus différents trucs que je liste à la fin. J'ai lentement dévissé moralement sans trop m'en rendre compte, sans vraiment comprendre ce qui amenait cet état, ni même me demander si un fait particulier en était à l'origine. Il faudrait que je relise ce que j'ai écrit à ce moment là, mais pour une motivation que je ne cerne plus bien j'ai ressenti le besoin d'éloigner le Baclo. Sevré en trois jours (aïe aïe aïe). J'entame alors une période de pêche d'enfer, je fais faire un bond spectaculaire à l'avancée de mes travaux de maison mais je repicole et ça ne me plaît pas. Je recommence le Baclo, cette fois en confiant au produit le soin de me faire décrocher, ce qu'il n'arrivera pas à faire complètement, car au bout de 6 semaines je jette l'éponge : je suis dans le même état qu'au cours de mes 6 mois de sobriété baclofénique, avec cette fois une violente douleur musculaire dans les pectoraux, et une nouvelle acouphène (j'en ai une par intermittence depuis longtemps). C'est alors qu'il me prend l'idée de relire la notice du Baclo, ce que j'avais fait au tout début, mais dans l'enthousiasme de ma démarche je m'étais empressé de mettre un mouchoir dessus.

Résultat des courses (les symptômes en gras sont ceux indiqués sur la notice) :

Difficulté à respirer (me pourrissant le sommeil, entraînant :)
- ronflement de pachyderme)
-somnolence,
-fatigue,
-bouche sèche.

Trouble de l'élocution (terrain prédisposé, entraînant),
- repli sur moi, solitude
- agoraphobie

Dépression (terrain prédisposé),
- idées morbides, parano. C'est ce qui m'a fait quitter le forum.

Bourdonnement d'oreilles (terrain prédisposé)
- j'ai toujours un sifflement dans les aigus 10 mois après la fin du traitement

Douleurs musculaires.

J'ajoute l'anorgasmie, qui n'est pas mentionné dans la liste, et qui est l'effet primaire de cette molécule. Les antispastiques (Baclofène) réduisent l’hyperactivité du sphincter strié de l’urêtre (chez les malades atteints de sclérose en plaques) mais avec l’inconvénient d’agir sur l’ensemble de la musculature. Alors, quand il vous semble que ça peut passer...

Pour conclure je vais reprendre les propos de l'addictologue : "faire en sorte que les malades vivent le mieux possible".

Avec le Baclo j'étais très loin de ce postulat. Au cours du 2eme essai je ne suis monté "qu'à" 120mg. Et comme cette fois-là je n'avais pas totalement décroché, il aurait fallu que j'augmente encore... Les conséquences de ma sujétion à l'alcool n'étaient pas au niveau pour me faire passer outre le ressenti des effets secondaires, et me motiver pour en remettre une dose.

Se séparer de l'alcool est un chemin de croix, avec ou sans Baclo. Seul c'est encore plus dur ; pourtant je n'ai pas renoncé. Mais comme je ne veux plus me crucifier je compose avec les remous de mes envies, mais en gardant toujours un œil sur le compas. Je m'efforce de ne pas perdre le cap, mais ce n'est plus un but que je suis. Juste une direction. Au cours de laquelle j'aspire à vivre bien cette maladie chronique.

Plutôt qu'à vivre longtemps...