Posté: 09 Avr 2013, 23:53
de hbb
J'ai bien lu ce que vous avez écrit, Jean. Je me souviens de ma déception et de ma peine, lorsque j'avais lu votre décision d'arrêter le traitement. Ce que je n'ai pas suivi, c'est votre histoire avec l'alcool, les causes qui vous y ont conduit et la place qu'il avait prise dans votre vie.
Le baclofène donne des ES importants, parfois insupportables, surtout lors du mélange avec l'alcool. L'anorgasmie dont vous avez cruellement souffert a même fait l'objet d'un sujet particulier. Il semble bien qu'elle ne dure pas.
Les symptômes que vous notez font même penser à une surdose de baclofène. Peut-être auriez-vous "guéri sous baclofène" et cessé de souffrir en jouant sur les doses, en baissant la posologie, soit lentement, soit brutalement, ou en optant pour ne plus boire une goutte. Les expériences accumulées en un an ont apporté beaucoup d'éléments à Change.
Peut-être aussi, au fond de vous, n'aviez-vous pas fait le deuil de l'alcool. Ou peut-être êtes-vous, malheureusement, un très rare cas d'une sorte d'allergie à la molécule.

Mais vous ne pouvez pas accuser les médecins, qui se battent pour faire accepter le produit, de cacher les effets secondaires. Ils les évoquent à chaque intervention.
Le Docteur de Beaurepaire, le Professeur Ameisen, le Docteur Joussaume, le Professeur Granger et tous les autres ont vu les horreurs de l'alcool, ont assisté à des morts bien rudes, à des familles éclatées, à des vies professionnelles brisées, sans pouvoir rien faire, durant des années et, maintenant, grâce au baclofène, ils assistent à des renaissances à 50%, des consommations maîtrisées à 35%. Avouez que c'est considérable. Dans les 15% restants, on trouve une grande partie de malades qui se trouvent perdus devant l'éventualité de la vie sans alcool, leur béquille, leur référence, leur mode de vie, quelques réfractaires à la molécule comme vous, et ceux qui cumulent les deux.
Jamais ils n'ont parlé de guérison totale : personne n'a suffisamment de recul pour dire que le traitement devra être pris à vie ou pourra être arrêté. Jamais ils n'ont nié les effets secondaires. Ils ont toujours dit et écrit qu'aucun n'était grave pour la santé et l'avenir du malade, contrairement à ceux, terribles, de l'alcool, et qu'ils s'estompaient tous avec le temps.
Vous jugez les propos du Docteur de Beaurepaire sur une intervention de quelques minutes où il faut essayer de faire passer un maximum d'informations. Il serait sans doute intéressant que vous lisiez son bouquin, ainsi que "Indifférence", auquel a participé le Dr Joussaume.
Vous dîtes en vouloir aux communicants. Je vous sens amer de n'avoir pas eu votre guérison et je le comprends très bien.
Mais lorsque vous lisez ce que Miss a écrit le 2 mars et que je me permets de citer, plus bas, comment réagissez-vous ? Sans doute avec tristesse et un certain ressentiment. Mais contre qui ?
J'espère que mes propos ne vous auront pas blesser et que nous pourrons continuez à échanger.
hbb

Salut à vous mes amis Alcoolytes !
Un p'tit coucou sous forme de carte postale, gonflée d'espoir et de confiance en moi et en la vie...
Tout d'abord, pardonnez-moi de ne pas avoir été là pour les nouvelles et pour aider les nouveaux que j'imagine toujours plus nombreux ! Je ne vous ai pas oublié, comment le pourrais-je, à chaque fois que je gobe ces précieuses molécules, je sais que nous sommes des milliers-llions maintenant à avoir cette chance de re-prendre notre santé et notre vie en main !
Donc jusque là, trop de blups dans la tête, dans la vie pour savoir trop quoi dire...
Mais aujourd'hui, envie de partager avec vous mon état d'humaine, et mes avancées, et vous livrer quelques unes de mes réflexions...
L'impression d 'être sur mon chemin, de sortir de cet état de dépression qui m'a si longtemps habitée et habillée, comme une évidence, ou plutôt comme un état de fait... Comment vivre épanouie dans ce monde déglingué ?!
Ce monde de dingue n'a pas changé, moi si !!
En tout cas, l'angle par lequel je l'aborde, je l'observe, comment je me positionne, ce que j'accepte de lui, comment je me réapproprie moi-même, avec quel regard et quelles actions... voire comment je lui rentre dedans et ce que je mets en place pour en faire un univers plus rassurant et créatif...
Ce n'est plus lui qui me domine, c'est moi qui le balise !!
Ne plus subir... mais acter !
Dans ma vie d'avant, ça n'était pas possible... pas de force, pas d'espoir, juste se voir se dégrader, se laisser engloutir chaque jour un peu plus par la pieuvre, victime d'une maladie honteuse...
Le baclofène a un réel pouvoir anti-dépresseur car il est une solution, il redonne espoir, il remet la machine en route. A nous de faire les réparations ensuite, de faire le contrôle technique et évaluer l'étendue des dégâts après tant d'années d'immobilité et de mauvais entretien...
Se laisser le temps d'évaluer, d'apprécier la situation avant d'entreprendre les réparations, et prendre le temps de retrouver l'envie aussi, de se donner un but, une destination, prendre des chemins de traverse d'abord, ne pas vouloir rattraper le temps perdu - il est aussi un temps vécu - quel qu'il ait été et quoi que nous ayons pu faire dont nous ne sommes pas fiers sous l'influence de la bête, le digérer avec compassion pour nous-même...
Je crois qu'il est plus qu'important de prendre ce moment d'empathie pour nous même, de venir rassurer et dorloter l'enfant qui est en nous et qui a tant souffert, lui aussi, de ce que nous nous sommes infligé de culpabilité et d'auto-flagellation.
Je trouve qu'on sait souvent s'occuper et donner de l'amour aux autres, ça nous rassure... alors qu'on s'est si souvent oublié, qu'on a étouffé ses propres cris...
Je ne sais pas si ça vous parle tout ça mais moi, ça m'aide bien en ce moment de reconstruction.
Je suis à 180mg/jour, je voyage doucement, je bois presque comme une personne « normale », je sais que le chemin est encore long pour me sentir en sécurité, je ne me juge plus et commence vraiment à aimer vivre avec moi... Presque je me trouverais être une belle personne !!
Et puis, une autre bonne bonne nouvelle : le printemps approche...
A tous, je souhaite une belle montée de sève !!
Miss