Posté: 06 Avr 2013, 21:38
de Jean
Bonsoir à toutes et à tous,

je ne sais pas si vous connaissez Arvo pärt.

C'est un compositeur estonien autant que contemporain. Si je vous parle de lui, c'est que sa musique me traverse et m'élève, et je l'écoute en ce moment. Aussi, revenir au bout d'un an sur ce forum doit donc être considéré comme un effet secondaire. Cette précision n'a son utilité que pour les plus anciens d'entre vous, car il fut un temps où il convenait en ces lieux de ne pas être "hors sujet"(j'en entends, des plus anciens, qui sourient déjà).

Ce matin j'ai entendu Arnaud de Beaurepaire sur Francinter. Ça aussi ça induit des effets secondaires, et justifie que j'écrive ici-même.

Ca va faire bientôt un an que j'ai arrêté de prendre du Baclofène. J'écoutais Beaurepaire ce matin, et je pensais à mon traitement, et ses conséquences. Je me disais qu'entre la peste et le choléra il nous fallait choisir, que notre vie n'était faite que de choix, que l'alcoolisme n'en était pas un mais que ceci dit, il y en avait encore, des choix, à faire, malgré tout.

Ca fait un an, disais-je, que j'ai arrêté le Baclo. Et j'ai toujours des sifflements d'oreille -est-il utile de préciser qu'ils sont apparus avec le traitement ?

J'ai entendu Beaurepaire ce matin, et je me suis dit que la communication à propos du Baclo n'avait pas changé depuis la conférence d'Ameisen. Ce traitement n'est pas anodin. Il est efficace, soit, mais il convient de dire aussi toute la vérité. Un alcoolique est un être humain pensant et responsable. Il doit savoir où il met les pieds. Le choix des maux lui appartient; il sera d'autant plus fort qu'il aura choisi entre la peste et le choléra... d'autant qu'il ne peut savoir à l'avance quel type de choléra il chopera. Peut-être qu'il n'en chopera pas, mais, de grâce, persuadez les toubibs de communiquer sur ces effets secondaires !

Pour ma pat j'en avais trop, de ces effets. Mais tout est question d'équilibre. Peut-être ne souffrais-je pas assez de mon alcoolisme pour supporter de ne plus pouvoir dormir, de ne plus pouvoir respirer par le nez, de ne plus ressentir d'extase physique, de me choper des douleurs musculaires qui ont mis des mois à passer (après arrêt du traitement), de sentir mon moral lentement chuter... Je ne voudrais pas vous lasser...

J'ai beaucoup appris sur ce forum. Je ne regrette pas cette période, elle fut riche. J'ai laissé en ces pages une bonne part de ma culpabilité, ce qui prouve l'utilité du forum . Mais guérir...

Pourquoi vouloir guérir ?

Guérit-on ?

Entre toutes les morts que notre civilisation nous propose, celle due à l'alcoolisme ne m'effraie pas. pourvu qu'elle soit rapide.

J'ai un collègue qui a mon âge. Jamais de tabac ni d'alcool. Cancer de l’œsophage. Cancer généralisé. Et si c'était le seul... Être vieux c'est connaître plus de morts que de vivants. C'est aussi savoir comment ils sont morts.

Quelle mort veut-on ? Quelle galéjade doit-on encore gober, pour qu'on accepte l'idée de travailler plus longtemps ?

Que faut-il accepter des toubibs, pour qu'il meurent, eux, la conscience tranquille : ils nous ont conduit à la mort en bonne santé...

J'ai l'air d'en faire des caisses. mais j'ai encore entendu, ce matin, sur francinter, qu'on guérit de l'alcoolisme...

Au bout de combien d'année de misère y arrive-t-on ?

Au prix de quels renoncements ?

Que gagne-t-on par rapport à l'alcoolisme ?

Est-ce vraiment mieux de mourir d'autre chose que de l'alcoolisme (1) ? Est-ce vraiment mieux de finir, le corps pris dans l'étoupe du Baclo ?

A chacun sa réponse. Mais quand j'entends Beaurepaire faire du Ameisen dans le texte, ça me donne envie d'écrire trois mots sur ce forum.

Bon courage à tous,

Jean

(1) : en dehors de finir avec un corps calciné, le fait de mourir n'est pas très glorieux, de toute façon (joke)