Posté: 06 Nov 2012, 01:07
de Julie-Lillith
Bonsoir Arielle.

Je viens de lire votre "sujet", en entier.
Je me permets de venir vite vous écrire avant de me coucher.

Moi-même, alcoolique, fille d'alcoolique (décédé en 2009 d'une flambée d'hépatite), j'ai 37 ans, sans enfants, sous Baclofène depuis juillet 2012, après une quinzaine d'année à sombrer, doucement, mais surement dans l'alcool.

Je travaille chaque jour, et ne me suis pas arrêtée, depuis le début du traitement (sauf quelques semaines, en aout, vacances classiques), je suis à 105mg/jour, et je rêve chaque jour de pouvoir faire les siestes que fait votre époux...

Ma vie avec l'alcool et avant le baclo a duré une quinzaine d'années.
Si j'ai bien lu votre histoire, Mr Arielle boit depuis 22 ans. Pfou, que c'est long, 22 ans d'une vie, enchainée, chaque jour, à ce boulet, qu'est l'alcool. Pour moi, déjà, quinze années de ma vie gangrénée par ce fléau, c'est assez. Mais je ne peux qu'être patiente, et prudente, avec le traitement au Baclofène.
J'ai des moments de doutes, des moments d'alcoolisations intenses, peu de moments de calme.
Certains sont montés très haut avant d'atteindre l'indifférence espérée (Plus de 300mg/jour parfois...).
J'espère ne pas avoir besoin de prendre autant de Baclofène pour m'en sortir, mais si il le faut, je le ferais.

Bref, Arielle, je voulais vous dire que j'ai peur tous les jours, pour moi, pour ma vie professionnelle, pour ma petite personne, pour mon entourage qui m'aime et aimerait me voir "mieux". Je suis épuisée, même à 105mg/jour, parfois, je pourrais tomber, face contre le sol, tellement cette lutte est difficile. Vaincre tant d'années d'accoutumance n'est pas chose aisée...

J'ai peur, peur de me découvrir sans alcool, après toutes ces années où ce produit m'a "soutenue" en me détruisant. Aujourd'hui, je suis sur le chemin, mais ce chemin est long et difficile.

Votre époux a peur aussi, je pense, il doit être terrifié.
Ce n'est ni de votre faute, ni de la sienne.
C'est juste toute la difficulté de quitter l'alcool, et cette difficulté est immense, quel que soit notre âge, notre volonté, notre désir.

HBB et J99, vous ont épaulées, leurs paroles sont comme un baume sur votre coeur meurtri par tant d'années de souffrances. Je viens chez vous en simple "baclo-traitée", et je voudrais vous donner du courage. Qu'est-ce que 2 ans et demi de prise en charge médicale face à 22 ans d'alcoolisme....? Ce n'est que le début, c'est un merveilleux début.
Vous avez le droit, bien sur, Arielle, d'être fâchée. Mais nous les Zalcooliques, nous les "vilains" de cette affaire, avons le droit d'avoir un peu de temps, et de cacher encore les bouteilles, et de mentir un peu, de mentir encore, pour sauver ce qui reste de notre honneur déchu.

J'espère que ces quelques mots vous aideront à remettre chaque chose à leur place.
Si ce n'est pas le cas, je reste disponible pour vous aider, vous Arielle et Monsieur Arielle.

Au plaisir de vous lire et d'avoir de bonnes nouvelles, bientôt!

Julie.