Alcoolisme : le sevrage par l'abstinence en question

Alcoolisme : le sevrage par l'abstinence en question

Messagede julien » 10 Déc 2011, 12:55

Alcoolisme : le sevrage par l'abstinence en question

Le monde de l'alcoologie vit de grands bouleversements. La façon de prendre en charge cette maladie pourrait être remise en cause.

Décidément, les lignes bougent dans la prise en charge des alcooliques dépendants : le mouvement de fond déclenché par le baclofène (un médicament qui semble lever l'addiction chez certains) conduit nombre de spécialistes à s'interroger sur leur approche de cette maladie. C'est désormais un aspect majeur de la prise en charge de ces malades chroniques, l'abstinence définitive après le sevrage, qui est questionné. Au point que la Société française d'alcoologie en débattra lors de ses journées en mars prochain.


Il faudra probablement des années pour aboutir à des certitudes en la matière. Les premiers essais d'efficacité contrôlés du baclofène, prévus en 2012, pourraient apporter des éléments de réponse. Et peut-être étayer l'hypothèse de sous-groupes différents de malades alcoolo-dépendants, justifiant une prise en charge plus individualisée.

30 000 décès par an en France

Les estimations s'accordent sur l'ampleur de l'alcoolisme chronique en France : 30.000 décès par an, 4 à 5 millions de buveurs «problématiques» et 1 à 1,5 million de malades alcoolo-dépendants, «c'est-à-dire qui ont perdu la liberté de s'abstenir de consommer, précise le Pr François Paille, alcoologue (CHU Nancy). L'alcoolo-dépendance est l'aboutissement d'un continuum dans le mésusage de l'alcool. Dans sa forme sévère, cette dépendance physique et psychologique est telle que la vie entière s'organise autour de l'achat et de la consommation d'alcool. Génératrice de difficultés personnelles, sociales, professionnelles, elle s'accompagne souvent de complications psychologiques et médicales.» Anxiété, phobies sociales, tabagisme, prise de médicaments ou de stupéfiants vont souvent de pair avec l'alcoolisme chronique, lui-même générateur de dépression.

Comment décrocher quand l'alcool a pris une telle place ? Ce long processus, où le malade doit d'abord sortir du déni de sa dépendance, repose sur une prise en charge médicale et psychosociale qui varie. «Notre approche met le patient au centre : il fait ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. L'objectif est de lui redonner le sens de sa capacité à conduire sa vie, à prendre des décisions, explique le Dr Philippe Batel, alcoologue (hôpital Beaujon, Clichy). Cela demande un long temps de motivation, d'entretiens réguliers, pour faire avec lui l'inventaire des dommages physiques, psychologiques, personnels, professionnels, relationnels, juridiques…, liés à sa consommation, et augmenter en même temps son sentiment d'auto-efficacité, sa confiance en soi et sa capacité d'agir. À un moment, ce travail le conduit à envisager un changement, et ouvre la porte sur un objectif d'abstinence ou de réduction dont il choisit le moment et les modalités de mise en œuvre.»

Le plus souvent, la prise en charge se fait à domicile. L'hospitalisation est réservée aux cas graves, en rechute ou désocialisés. Le sevrage permet de surmonter en quelques jours la dépendance physique en évitant ses complications (crises d'épilepsie et delirium tremens) par la prise de benzodiazépines et de vitamines B1-B6. La longue phase de maintien vise à prévenir les rechutes par l'accompagnement psychosocial et des médicaments, acamprosate et naltrexone, diminuant l'appétence pour l'alcool.

Rechutes

Pour quels résultats ? «C'est une maladie chronique. Les rechutes, fréquentes, font partie du cours de la maladie», insiste le Pr Paille. Même constat pour le Pr Michel Lejoyeux (CHU Bichat) : «On obtient des résultats avec ceux qui restent dans le circuit de soins, même s'il y a aussi beaucoup de patients perdus de vue. Il n'y a pas de fatalité de la rechute et ce n'est pas une maladie inéluctable.»

Mais peu de malades s'engagent dans une prise en charge. Face à l'emprise si forte de l'alcool, la perspective de l'abstinence définitive peut effrayer. «Proposer à un malade alcoolo-dépendant depuis des années, d'emblée et comme seul objectif, un projet d'abstinence totale et à vie est une erreur stratégique grave, qui écarte du système de soins 80 % des malades, convaincus qu'ils n'y arriveront jamais. Leur offrir l'alternative d'une réduction, c'est leur ouvrir une porte, même si ce n'est qu'une étape. Et même si l'abstinence est plus pertinente, c'est plus efficace de moins consommer que de ne rien changer», explique le Dr Batel.

Améliorer le dépistage

«Nous savons aussi que certains malades peuvent probablement garder une consommation faible, et 20 % pourraient reprendre une consommation non dommageable, précise le Dr Batel. Mais nous ne savons pas encore les repérer.» Un avis que partage le Pr Pierre-Michel Llorca (Clermont-Ferrand) : «Il est probable que certains patients doivent totalement s'abstenir, et que d'autres peuvent passer d'une dépendance à une consommation contrôlée.» Un discours encore loin de faire l'unanimité.

Les progrès passeront aussi par les cabinets des généralistes, au premier rang pour le repérage de l'alcoolisme. «Seuls 30 % d'entre eux abordent la question avec leurs patients, explique le Pr Philippe Jaury (université Paris-Descartes). La plupart se sentent mal à l'aise, mal préparés à ce rôle.» Il est vrai que l'enseignement de l'alcoologie se résume à quelques heures dans leur formation.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/12/09/16379-alcoolisme-sevrage-par-labstinence-question
julien
 

Re: Alcoolisme : le sevrage par l'abstinence en question

Messagede Pascal17 » 23 Déc 2011, 09:44

Tres intéressant cet article avec aussi le petit schema j'en avais fait un plus détaillé à une cure mais moins bien dessiné lol et du coup j'ai imprimé l'article qui m'a paru intéressant
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