Jean

discussion libre d'entraide sur le baclofène
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Encore des nouvelles de Jean

Messagede untel » 05 Aoû 2012, 18:43

Re-salut,

Untel : Ta lettre soulève des problèmes importants et exige des réponses réfléchies, tu ne les auras pas de suite.
Jean : Te connaissant, je risque bien de ne jamais les avoir :-)
Untel : Pourrais-je en publier tout ou partie sur le forum ?
Jean : Tout si tu veux. Je n'ai pas quitté le forum parce que je n'ai plus rien à y dire, mais parce que les relations me causent trop de tracas

Voilà chose faite. Je répondrai en suivant pour faire mentir Jean, en attendant, je vous livre son regard acéré et ses questions pertinentes.
Inutile de lui répondre nommément : jean ne lit pas son sujet. Il est affecté d'une sorte de maladie sociale, qui l'empêche d'avoir des relations soutenues avec les autres. Dur, dur pour jean.

Jean a écrit:... quand je pense aux réprobations pas toujours muettes que j'ai eues à affronter, alors que j'exposais en privé, avec [...], mon point de vue sur l'intérêt de parler aussi de sobriété au cours du traitement Baclo... Quand je pense qu'on m'a fait comprendre, et pas qu'à demi mot, que je me posais comme un donneur de leçons...


... pour qu'un peu plus tard... on me dise :


- au téléphone : " Le Baclo c'est bien, mais à un moment donné il faut aussi un peu se prendre en main"


- Parole d'Untel : " l'abstinence, passage obligé... "


Et sur le forum apaisé, commence-t-on aussi à battre en brèche le dogme qui dit qu'on peut picoler jusqu'à être tellement imbibé de Baclo que tout s'arrête par miracle ?


Et tous ceux qui feignent de croire que le bon verre de vin pour le plaisir nous est devenu aussi inoffensif qu'un bol d'air pur de nos montagnes, ils s'interrogent un peu, ou non ?

Je sais que toi tu as des raisons hépatiques à cesser vraiment de picoler. Mais tous les alcooliques ont objectivement une raison majeure de s'arrêter.


Excuse-moi, voilà que je m'échauffe sans raison...


Pouf pouf !


Or donc, te voilà non consommateur devenu, cher Untel. Je ne te dis pas "Bienvenu au club" car je n'y passe plus que de façon furtive, mais je te souhaite d'y rester aussi longtemps que nécessaire, c'est à dire jusqu'à ta dernière bière, car on ne guérit pas de notre merde, et Baclo ou pas, le moindre verre est un poison pour nous. Nos glandes ont -hélas- plus de mémoire que nous.


Je suis en veine de franchise, et j'ai assez payé de crises d'angoisse mes prises d'opinion sur le forum pour me permettre aujourd'hui de continuer :


Tu ne bois plus depuis le 7 juillet ?


Tu te refais une place dans la société des vivants ?


Amoureux aussi, sans doute ?


Sois prudent mon ami. Surtout ne baisse pas la garde. Je ne connais pas tout ton parcours pour t'extirper de ton tonneau de misères -tu as fait une cure, je crois ? Le mien n'est pas glorieux puisque j'ai toujours le nez dedans, en plus de fouler le malt d'orge après les moûts de raisin. J'ai pourtant cru tenir le bon bout plusieurs fois, en six ans d'efforts.


Premier effet de la libération : euphorie ( = dopamine ). Deuxième effet : reprise du sport (= dopamine). Reprise d'une certaine activité sociale : satisfaction, meilleure estime de moi (= dopamine). A la longue l'effet de contraste avec la période alcoolo s'estompe, et la dopamine diminue. Ne reste alors que le sport, mais déjà le doute s'installe. Et petit à petit, ça devient un combat volonté contre volonté. Jusqu'à ce que je croise une grosse déconvenue ou, beaucoup plus fréquent chez moi, une grosse difficulté relationnelle, et c'est le bouillon. Ou des fois, juste de me dire que demain, et après demain, et jusqu'à la saint Glin-Glin, je devrai affronter les mêmes affres. Alors, craquer ce soir ou un peu plus tard...


Je ne dis pas ça pour casser ta baraka professionnelle, sociale et amoureuse [...]. Mais il arrive toujours un moment où l'état de grâce devient la routine [...]Bon, je fais mon vieux routard qui donne sa leçon. Mais quand je lis de ta plume que L'abstinence, ça va. Etonnant, vraiment, et pas désagréable, je me dis que tu dois t'en fabriquer, des endorphines, à tire-larigot, en ce moment. Ne baisse jamais la garde, et pas trop les doses de Baclo. A moins que tu les aies augmentées pour l'occasion, mais je crois me souvenir que tu n'étais pas pour cette solution, il y a quelques mois.


J'ai dû écrire un truc de ce genre sur le forum : chaque jour qui passe dans la sobriété ne nous éloigne pas de la porte du bistrot. On peu rester 10 ans au sec, on n'a qu'à pivoter sur nous-même et on se retrouve accoudé au zinc avec une bande d'entonnoirs à gorgeons, et on n'a jamais cessé d'être comme eux pendant tout ce temps.


Mon expérience Baclo première, au sec une semaine déjà avant le début du traitement, était la bonne. J'ai accusé la molécule d'être responsable de beaucoup de maux qui me tracassaient. Deux sont avérés : l'anorgasmie, et en parallèle cette impossibilité d'éjaculer, tant on ne peu désigner ainsi cette émission gastéropodesque d'une semence tellement paresseuse qu'elle s'éteindrait avant d'avoir déchiffré sur son GPS la route la plus courte / la plus rapide / avec ou sans péage, pour monter au col. Heureusement à mon âge, la pérennité de ces être unicellulaires m'indiffère au plus haut point. Ne pas jouir, en revanche, me complique vraiment la vie ( jouissance = dopamine ). La deuxième j'en parle juste après.


Mon expérience Baclo deuxième est beaucoup plus compliquée que la première. Déjà les acouphènes, que je n'avais pas la première fois : une basse qui s'estompe dans le bruit ambiant, et une que je compare à l'avant dernière fréquence qu'ils nous passent dans la cabine, à la médecine du travail, avant que ça devienne ultra-sonique. Celle-ci couine plus fort que la rumeur urbaine. Le point positif c'est que j'ai pas trop de mal à m'arrêter de boire, au moins pour quelques jours. Mais le whisky a fait son retour, et c'est drôlement mieux que le vin. Surtout pour reprendre du poids à toute vitesse et pour vider le compte en banque.


Toujours privé de vélo depuis fin novembre, je sais depuis environ deux semaines que ce n'est pas une tendinite que je traîne depuis 8 mois, mais très vraisemblablement un souci au ménisque interne. Une erreur de diagnostic en grande partie responsable de ma rechute en avril. Comme m'a dit le médecin, gêné, qui est au courant de mon alcoolisme : "les sports d'endurance, pour votre problème, c'est ce qui faut..." Tu l'as dit, bouffi! Si j'avais pu me fabriquer mes petites endorphines, j'aurais peut-être évité ces crises d'angoisse, peut-être pas rechuté, je serais peut-être toujours à 90mg par jour, je serais peut-être même toujours sur le forum, [...]


En fait c'est de ma faute, cette histoire d'erreur de diagnostic. C'est infernal de constater à quel point on fait toujours les mêmes conneries. C'est pourtant pas faute de le savoir, qu'il faut laisser au toubib l'exclusivité du diagnostic (cf la question posée au médecin du forum). Je suis arrivé en lui lançant : " salut mon cricri, ben dis donc tu rajeunis pas non plus, toi ! Toujours aussi nul au semi marathon ? Ho ho, tu te souviens la branlée que je t'ai mise sur le Givré ? C'était quand ? Remarque, déjà à l'époque t'étais plus vieux que moi..." Bon, je lui ai peut-être pas dit tout ça, mais je lui ai dit cette fois j'ai le ménisque interne qui regimbe. Alors lui, d'emblée, il m'a cherché des poux dans les tendons, normal.

Du coup, je n'attends plus qu'une plage de sobriété de quelques jours, histoire de retrouver un équilibre physique et une bonne hydratation, pour remonter sur mon vélo. Du coup je soigne mes crises d'angoisse au Xanax parce que là, vraiment, j'en peux plus. J'ai besoin de pouvoir respirer un peu, de pouvoir me projeter un peu plus loin que l'instant présent, de pouvoir supporter les contrariétés de la vie autrement qu'en descendant en flèche et en reprenant le litron.


Surtout que vu le prix du litron en question...


Je soupçonne qu'il y ait un effet escalier avec l'alcool/Baclo, comme il y en a un avec l'alimentation /régime. Je suis à 120mg (+ Xanax quand j'en ressens le besoin). Je n'ai que 3 jours de sobriété à comparer aux 24 tiens.


Je repense à ce risque évoqué par certains sur le forum, quand on descend trop la dose, ou trop vite, je ne sais plus. Suralcoolisation ou juste rechute ? Rafaîchis ma mémoire, s'il te plaît.


Je me demande s'il n'y a pas un risque, à saturer ainsi nos récepteurs Gaba (tu sais, comme Jean Gaba, dans Un singe en hiver). Le risque, ça serait l'incapacité à pouvoir s'en passer, sous peine d'une aggravation de notre dépendance alcoolique.


A bientôt,


Jean


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Re: Jean

Messagede bocly » 05 Aoû 2012, 23:18

Bonsoir Jean!

Merci Untel de nous permettre de lire les derniers écrits de Jean.

Je dois trouver maintenant le bon éclairage pour moi devant "ma libération" nouvelle.
Le chemin à suivre ne doit pas se faire à l'aveuglette avec seulement le baclo en poche.

Et d'avoir lu les réflexions de Jean, ça a percuté sur "ma vigilance".
Le temps de digérer tout ça, peut-être une réponse sur ce qu'il en sortira.

Prends soin de toi, Jean!
Une pensée profonde pour du meilleur à venir!
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Re: Jean

Messagede Sandrine » 05 Aoû 2012, 23:56

Je ne connais pas le monsieur, mais c'est un peu poignant, tout ça. Sentiment d'une malédiction, d'une épée de Damoclès, de ne pouvoir échapper à un destin. Et ça, ce n'est pas dans mes convictions, alors à quoi bon en causer... j'ai peu de goût pour l'accablement, alors j'empathe, c'est tout ce que je peux faire.

Je réagirai juste à ce que je trouve à ma portée: cette histoire d'état de grâce qui devient la routine.



La remarque me fait irrésistiblement penser à ce que Sonia Dubois, personne bien en chair du PAF qui fut autrefois (les années 80 et 90) obèse, d'une obésité dite morbide, et qui fit un régime drastique : - 55 kilos. Elle continue depuis des années à juguler le problème, en faisant même son fonds de commerce: entre autres, des pubs pour une marque proposant un soutien aux dodus recherchant à conjurer la malédiction du surpoids, sous forme de conseil et de repas livrés tout faits. Et des bouquins en veux-tu en voilà, sur le sujet, en grande partie.

Elle a dit, ou à peu près, que tant qu'elle maigrissait et qu'elle voyait des résultats, elle était récompensée. Et qu'ensuite, pour maintenir le poids d'arrivée, c'est là qu'elle avait commencé à trouver les choses dures: plus personne ne félicite l'effort, alors qu'il est pareil, plus personne ne gratifie. On est juste redevenu normal, alors pourquoi congratuler, se congratuler?

La solitude, quoi. Celle du champion olympique qui finira par tomber dans l'oubli, la dépression du sportif de pointe retraité après ses derniers J.O. , avant ses 25 ans pour certaines disciplines, qui doit désormais trouver un autre sens, un autre but, comment gagner sa vie et la vivre, rien que ça; comme tout le monde. Epreuve insurmontable pour certains, qui tombent en dépression. Tiens, encore une histoire d'endorphines...


Voilà où je vois l'os dur de l'échec: être sans témoins, sans réjouissance, sans le filet de sécurité des gens, sans bravo, sans comment ça va mieux, sans célébrations. Ordinaire...

Ca jubile guère tout ça, alors que ça devrait feudartificer, non?

Alors quoi? Apprendre à se réjouir? Comment être différent, différemment de jusque là, désormais?
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Re: Jean

Messagede clara » 06 Aoû 2012, 07:01

Bonjour Sandrine

Juste pour te dire que tu es une sacrée bonne femme

Gros becs de Clara
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Alors là ...

Messagede untel » 06 Aoû 2012, 09:03

Jean a écrit:Et sur le forum apaisé, commence-t-on aussi à battre en brèche le dogme qui dit qu'on peut picoler jusqu'à être tellement imbibé de Baclo que tout s'arrête par miracle ?

Effectivement, Jean, mais au bout du compte, comme toi, chacun fait ce qu'il veut, ou disons ce qu'il peut. Ceux qui picolent mangent sévère au niveau des effets indésirables (bordel, je ne sais pas qui a parlé en premier d'effet secondaire ni pourquoi, mais on dit : "effets indésirables" regardez la notice(1)).
Donc ici il est de plus en plus conseillé de ne pas boire au début du traitement, et constaté que ça donne du résultat, plus vite et de manière moins violente.
Jean a écrit:Et tous ceux qui feignent de croire que le bon verre de vin pour le plaisir nous est devenu aussi inoffensif qu'un bol d'air pur de nos montagnes, ils s'interrogent un peu, ou non ?

Il y aura toujours des gens comme moi pour le penser. Et le dire. Si on ne peut pas boire un verre de vin ou même à prendre une cuite en regardant la montagne, on s'en passe temporairement, comme moi. Si il n'y a pas de contre-indication, ce verre, cet écart devrait recommandé par le conseil de l'ordre en tant qu'il est solidement entouré de tempérance. Le baclo, allié à un solide travail de réflexion le permet, je l'ai expérimenté. Et bien d'autres ici.
Jean a écrit:Je sais que toi tu as des raisons hépatiques à cesser vraiment de picoler. Mais tous les alcooliques ont objectivement une raison majeure de s'arrêter.


Excuse-moi, voilà que je m'échauffe sans raison...


Pouf pouf !

Mektoub, Jean, c'est ton destin, tu décides pour toi si tu peux, et tu laisses les autres décider pour eux.
C'est vrai, tu t'échauffes, et tu nous ponds des lois. Etrange comportement ...
Jean a écrit:
Or donc, te voilà non consommateur devenu, cher Untel. Je ne te dis pas "Bienvenu au club" car je n'y passe plus que de façon furtive, mais je te souhaite d'y rester aussi longtemps que nécessaire, c'est à dire jusqu'à ta dernière bière, car on ne guérit pas de notre merde, et Baclo ou pas, le moindre verre est un poison pour nous. Nos glandes ont -hélas- plus de mémoire que nous.


'tain, c'est plus le destin qui nous mène, c'est qu'on est maudit gé-né-ti-que-ment !
Et même notre descendance souffrira les affres de notre condition.
Vous voulez faire chier votre voisin pour toute sa vie et plus en une passe ? Vous voulez pourrir sa famille ?
Faites des enfants à sa femme discrètement.
A ce rythme le monde entier sera bientôt contaminé et nous serons devenus : LA NORME !
Enorme non ?
Jean a écrit:
Je suis en veine de franchise, et j'ai assez payé de crises d'angoisse mes prises d'opinion sur le forum pour me permettre aujourd'hui de continuer :


Tu ne bois plus depuis le 7 juillet ?


Tu te refais une place dans la société des vivants ?


Amoureux aussi, sans doute ?


Sois prudent mon ami. Surtout ne baisse pas la garde. Je ne connais pas tout ton parcours pour t'extirper de ton tonneau de misères -tu as fait une cure, je crois ? Le mien n'est pas glorieux puisque j'ai toujours le nez dedans, en plus de fouler le malt d'orge après les moûts de raisin. J'ai pourtant cru tenir le bon bout plusieurs fois, en six ans d'efforts.


Premier effet de la libération : euphorie ( = dopamine ). Deuxième effet : reprise du sport (= dopamine). Reprise d'une certaine activité sociale : satisfaction, meilleure estime de moi (= dopamine). A la longue l'effet de contraste avec la période alcoolo s'estompe, et la dopamine diminue. Ne reste alors que le sport, mais déjà le doute s'installe. Et petit à petit, ça devient un combat volonté contre volonté. Jusqu'à ce que je croise une grosse déconvenue ou, beaucoup plus fréquent chez moi, une grosse difficulté relationnelle, et c'est le bouillon. Ou des fois, juste de me dire que demain, et après demain, et jusqu'à la saint Glin-Glin, je devrai affronter les mêmes affres. Alors, craquer ce soir ou un peu plus tard...


Pour tes affres à toi, je ne dis pas, je confirme aux gens du forum que tu morfle sévère au point de te cacher. De cacher tes tics, ton balbutiement écartillé permanent, ton angoisse folle. J'ai rencontré Jean en vrai, Mesdames et Messieurs les jurés, et je confirme mes dires.
Jean a écrit:

Je ne dis pas ça pour casser ta baraka professionnelle, sociale et amoureuse [...]. Mais il arrive toujours un moment où l'état de grâce devient la routine [...]Bon, je fais mon vieux routard qui donne sa leçon. Mais quand je lis de ta plume que L'abstinence, ça va. Etonnant, vraiment, et pas désagréable, je me dis que tu dois t'en fabriquer, des endorphines, à tire-larigot, en ce moment. Ne baisse jamais la garde, et pas trop les doses de Baclo. A moins que tu les aies augmentées pour l'occasion, mais je crois me souvenir que tu n'étais pas pour cette solution, il y a quelques mois.


J'ai dû écrire un truc de ce genre sur le forum : chaque jour qui passe dans la sobriété ne nous éloigne pas de la porte du bistrot. On peu rester 10 ans au sec, on n'a qu'à pivoter sur nous-même et on se retrouve accoudé au zinc avec une bande d'entonnoirs à gorgeons, et on n'a jamais cessé d'être comme eux pendant tout ce temps.

Merci Jean, je vais faire au mieux. Je suis pour l'auto-suffisance, et mes endorphines auto-produites, au moins, je sais ce qu'il y a dedans, vu que c'est moi qui les ai faites, tu me suis ? Je les achète pas en pharmacie ni à la chapelle.
Toi tu es pour le destin.
Je vais peut-être me faire vendeur de destin tiens, ça a l'air d'avoir de l'avenir, y a une niche là. Du pognon, du pouvoir, PLEIN de pognon et plein de pouvoir, et des femmes. Et je poursuivrai les flics jusque sur le trottoir avec ma lamborguini, juste pour faire rigoler les stoppeuses.
Je serai plus hargneux qu'un chien errant avec les uniformes.
Et "on" dira : "Sacré untel, je l'envie de pouvoir faire tout ça !"
Jean a écrit:

Mon expérience Baclo première, au sec une semaine déjà avant le début du traitement, était la bonne. J'ai accusé la molécule d'être responsable de beaucoup de maux qui me tracassaient. Deux sont avérés : l'anorgasmie, et en parallèle cette impossibilité d'éjaculer, tant on ne peu désigner ainsi cette émission gastéropodesque d'une semence tellement paresseuse qu'elle s'éteindrait avant d'avoir déchiffré sur son GPS la route la plus courte / la plus rapide / avec ou sans péage, pour monter au col. Heureusement à mon âge, la pérennité de ces être unicellulaires m'indiffère au plus haut point. Ne pas jouir, en revanche, me complique vraiment la vie ( jouissance = dopamine ). La deuxième j'en parle juste après.


Alors là ...
Je vais résumer, parce que sur l'anorgasmie, je me suis longuement penché, pour ne pas dire étendu.
L'anorgasmie, je connaissais déjà. Ca le fait si on boit : on bande à n'en plus finir et ta moitié demande grâce. Faut attendre le lendemain onze heures pour tirer la salve d'honneur.
J'avais été obligé de faire des roulements.
Des fois avec l'alcool on ne bande plus, ça me l'a fait aussi, alors là ... plus de roulement.

Suite à ma renaissance (just like djordje dobeliou bouche) j'ai re-poussé l'escarpolette avec reconnaissance. Renaissance, reconnaissance, scuse, je note ça pour plus tard. Et puis je bandais mou. Tu n'es jamais content tu me diras, et tu auras raison. Car déjà en poussant bien haut la demoiselle, j'entre-apercevais ce que doit être un rendez-vous réussi entre le soleil et la lune.

Allez, on se le remet ?

J'ai commandé du viagra, et dans la foulée, constaté que "ça ne partait plus" de jolis feux d'artifesse, mais plus de bouquet final. Tu connais, mesdames vous appréciez, mais pas tout le temps. En gros tu limes tu limes, la donzelle s'échauffe, part au pinacle oui mesdames au pinacle la première fois, parce qu'au bout de deux jours, ça chauffe lui un peu, rapport au frottements. Et sans me vanter elle redescendrait bien des fois.
Moi, ça partait en quatre jours, mais je commençais à entre-apercevoir un vérité : c'est avec la tête qu'on jouit, quand on on fait et se fait faire des trucs qui nous plaisent. Fais ça en connaissance de cause, et c'est broadway quand tu veux, ou presque. Faut se mettre en danseuse pour passer d'un tableau à l'autre, mais ça le fait déjà. T'as avancé.
J'ai été obligé de faire des roulements.
Après, depuis que je bois plus du tout, ça se remet quand même en place là-dedans, ce n'est pas anodin. Et en trois semaines et quelques, je t'affirme que ça marche beaucoup mieux : pas de problème de bandaison papa, et cocagne sur demande. C'est comme pour le verre de vin à la montagne : à la carte.
J'ai demandé à mon toubib qui m'a dit : c'est le baclo avec l'alcool qui produit cet effet d'anorgasmie. J'ai de multiples témoignages qui le confirment. L'affaire ne se fait pas en 3 jours. Certains métabolismes, mettront deux ans, d'autres 6 mois. Et il ne s'agit pas d'être abstinent.
Juste le verre de vin sur la montagne.
Jean a écrit:

Mon expérience Baclo deuxième est beaucoup plus compliquée que la première. Déjà les acouphènes, que je n'avais pas la première fois : une basse qui s'estompe dans le bruit ambiant, et une que je compare à l'avant dernière fréquence qu'ils nous passent dans la cabine, à la médecine du travail, avant que ça devienne ultra-sonique. Celle-ci couine plus fort que la rumeur urbaine. Le point positif c'est que j'ai pas trop de mal à m'arrêter de boire, au moins pour quelques jours. Mais le whisky a fait son retour, et c'est drôlement mieux que le vin. Surtout pour reprendre du poids à toute vitesse et pour vider le compte en banque.


Toujours privé de vélo depuis fin novembre, je sais depuis environ deux semaines que ce n'est pas une tendinite que je traîne depuis 8 mois, mais très vraisemblablement un souci au ménisque interne. Une erreur de diagnostic en grande partie responsable de ma rechute en avril. Comme m'a dit le médecin, gêné, qui est au courant de mon alcoolisme : "les sports d'endurance, pour votre problème, c'est ce qui faut..." Tu l'as dit, bouffi! Si j'avais pu me fabriquer mes petites endorphines, j'aurais peut-être évité ces crises d'angoisse, peut-être pas rechuté, je serais peut-être toujours à 90mg par jour, je serais peut-être même toujours sur le forum, [...]


En fait c'est de ma faute, cette histoire d'erreur de diagnostic. C'est infernal de constater à quel point on fait toujours les mêmes conneries. C'est pourtant pas faute de le savoir, qu'il faut laisser au toubib l'exclusivité du diagnostic (cf la question posée au médecin du forum). Je suis arrivé en lui lançant : " salut mon cricri, ben dis donc tu rajeunis pas non plus, toi ! Toujours aussi nul au semi marathon ? Ho ho, tu te souviens la branlée que je t'ai mise sur le Givré ? C'était quand ? Remarque, déjà à l'époque t'étais plus vieux que moi..." Bon, je lui ai peut-être pas dit tout ça, mais je lui ai dit cette fois j'ai le ménisque interne qui regimbe. Alors lui, d'emblée, il m'a cherché des poux dans les tendons, normal.

Du coup, je n'attends plus qu'une plage de sobriété de quelques jours, histoire de retrouver un équilibre physique et une bonne hydratation, pour remonter sur mon vélo. Du coup je soigne mes crises d'angoisse au Xanax parce que là, vraiment, j'en peux plus. J'ai besoin de pouvoir respirer un peu, de pouvoir me projeter un peu plus loin que l'instant présent, de pouvoir supporter les contrariétés de la vie autrement qu'en descendant en flèche et en reprenant le litron.


Surtout que vu le prix du litron en question...

En gros, tu fais n'importe quoi, et tu accuses les méchantes choses de t'en vouloir et de se liguer contre toi. Et les gens ne te comprennent pas, tu sais pourquoi, mais ne peux rien y faire.
Ton problème, avant l'alcool, c'est cette solitude imposée. Cette maladie sans nom.
Jean a écrit:

Je soupçonne qu'il y ait un effet escalier avec l'alcool/Baclo, comme il y en a un avec l'alimentation /régime. Je suis à 120mg (+ Xanax quand j'en ressens le besoin). Je n'ai que 3 jours de sobriété à comparer aux 24 tiens.


Je repense à ce risque évoqué par certains sur le forum, quand on descend trop la dose, ou trop vite, je ne sais plus. Suralcoolisation ou juste rechute ? Rafaîchis ma mémoire, s'il te plaît.


Je me demande s'il n'y a pas un risque, à saturer ainsi nos récepteurs Gaba (tu sais, comme Jean Gaba, dans Un singe en hiver). Le risque, ça serait l'incapacité à pouvoir s'en passer, sous peine d'une aggravation de notre dépendance alcoolique.


Ben là, je laisse parler les essepécialisses.
Jean a écrit:
A bientôt,
Jean


Abstinence, indifférence, tempérance : autant de philosophies radicalement différentes.
Jean est bougon, mais il a écrit des lignes fantastiques, remontez ce sujet si vous aimez la littérature et la polémique. Voyez ce tour de chauffe
Je ne sais pas s'il va s'en sortir.
En attendant, je lui réponds ça et je lui enverrai par mail. On ira peut-être écouter du djaze comme l'autre fois.
Si j'ai l'occasion je vous tiendrai au courant.

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Re: Jean

Messagede Sandrine » 06 Aoû 2012, 09:15

clara a écrit:Bonjour Sandrine

Juste pour te dire que tu es une sacrée bonne femme

Gros becs de Clara



Bonjour Clara.

Juste pour te dire que j'apprécie. Tu te défends pas mal aussi.

J'ai un peu de la peine avec les bisous, alors je fais le salut des musulmans. Masalaam!
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Re: Jean

Messagede clara » 06 Aoû 2012, 09:21

Bonjour Untel

Insomnie oblige, j'ai lu ton fil cette nuit et celui de Jean, je te le dis sans détour, c'est toi qui est dans le vrai.

Bonne journée

Clara
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Re: Jean

Messagede Sandrine » 06 Aoû 2012, 09:53

Untel, ouais. Ouais-ouais, toutafé. Percutant. In ze mille.

C'est un peu brut de décoffrage, ce que tu lui réponds, à Jean; et je me serais pas vue l'exprimer vu que je ne le connais pas, Jean... mais tout le malheur du monde ne peut pas venir que du monde extérieur, on se bricole des enfers personnels absolument corrects. Jean-Sol Partre aurait pu dire que l'enfer, c'est soi-même.

J'irais même jusqu'à dire que des fois, la première substance rencontrée sur le chemin d'un dépendant potentiel, ce sont ses croyances, enfin, ce que sa famille, les événements et lui-même ont concocté comme cocktail explosif. Après, tout n'est que lubrifiant pour se faire empapaouter, chausse-pieds pour enfiler des brodequins en acier, invitation à soi-même pour se faire enfermer dans une vierge de Nuremberg.

(Parenthèse, parce que je ne sais pas si Jean fréquente les psys: c'est pour ça que le miroir du psy est précieux, parce que orientable tant qu'on n'est pas prêt à s'y regarder - donc le moment venu, on peut choisir de s'y regarder, on est pas seul, on est accompagné, c'est bien de pouvoir se rattraper à quelqu'un quand on a trop le vertige, et de trouver une poubelle pour y dégueuler (j'ai fait ça).

Mais ça peut aussi servir à dire que la thérapie c'est de la beuze, vu le temps et le flouze y-consacrés bien que rien n'ait été réglé. Et ceux qui débinent les gens qui soignent l'âme en les traitant de charlatans aux vastes poches font juste l'impasse sur un partenariat dans lequel ils n'ont pas voulu rentrer: c'est pas Merlin qu'on va voir, c'est "MIroir, mon beau miroir".

Quelle possibilité avons-nous d'inverser le cours des choses, si c'est toujours les autres les salauds, les coupables, si l'on attend d'eux qu'ils le soient moins, qu'ils se repentent des saloperies qu'ils nous ont faites, qu'ils s'excusent de nous avoir abusés... c'est continuer de leur donner un pouvoir qu'ils ont peut-être pu exercer un temps, mais qu'il ne tient qu'à nous de nous réapproprier. Désactiver le bouton-poussoir, c'est l'idée de la thérapie. D'ailleurs, s'ils s'excusaient, se repentaient, je parie ma peau que ça ne règlerait rien, on reste fragile dedans et à la merci des prochains salauds potentiels et pour le coup, dépression profonde. Voilà, fin de la parenthèse.)

J'ai dû changer de croyances, et me redonner le pouvoir, parce que j'allais crever - je me suis vue un jour en flash avec un cancer du sein métastasé aux os, plus que quelques mois à vivre, j'ai eu une trouille salutaire.

En thérapie, la vache, j'ai pelé à vif, en plusieurs fois; le prix pour décider que je pouvais changer de paysage de façon assez radicale. Et qu'on ne me dise pas que je donne des leçons, parce que je ne fais que parler de ce que je connais le mieux: moi. On donne des leçons quand on prescrit, comme un maître d'école, au lieu de suggérer l'autonomie de décision; on en donne aussi quand on sert des solutions - bref, quand au lieu d'écouter et de se laisser remuer, on se met soi-même un sparadrap sur ce qui est trop dur à recevoir. Parce que faut pas rêver, on a tous un sacré bagage commun, et ce que disent les autres, ça nous renvoie à notre propre caca.


Bon, c'est pas tout ça, comme Belzébuth a foutu par terre mon natel (le portable suisse romand, alors que chez nous le portable, c'est l'ordinateur qu'on trimballe avec soi, vazy comprendre, faut s'y retrouver!), je vais aller lui foutre sur la gueule, moi Melchisédech, en allant voir le marchand de portable pour qu'il fasse ce qu'il faut pour que ce machin remarche.
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Re: Jean

Messagede untel » 06 Aoû 2012, 10:41

Pour ma réponse, je vous l'avoue j'ai fait le fier, et je vais devoir édulcorer mon propos, ou le commenter, sinon Jean va se fâcher, bouder, et on ne sera pas plus avancés. Au final, je lui dirai les même choses.
Qu'est-ce qu'il faut pas faire ...

Clara merci beaucoup, on a tous forcément raison, vu que c'est avec la notre -de raison- qu'on en juge. J'aime bien discuter avec les autres pour connaître leurs raisons, ça nous change, on peut comparer, et parfois changer d'avis. Parfois pas.
Enfin je me comprends, c'est déjà ça.

Profitez bien
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Re: Jean

Messagede maryphi » 06 Aoû 2012, 13:36

jean ne lit pas son sujet. Il est affecté d'une sorte de maladie sociale, qui l'empêche d'avoir des relations soutenues avec les autres. Dur, dur pour jean.


La solitude sans doute.La solitude devient de plus en plus le chemin le plus approprié vers la solution à la plupart des problèmes de fuite de subjectivité. La solitude est l’assise pour confronter la peur de la précieuse affirmation de soi-même, pour éradiquer la mise en objectivation des personnes, son isolement.Si on reconnaît son existence, on s’acharne à la faire disparaître, à la colmater, Est-il vraiment seul avec ce qu'il ressent?

Sandrine a eu raison de te dire que c’était "brut de décoffrage".Tu connais assez bien Jean pour tourner tes phrases sans le brusquer et faire qu'il s'isole encore plus.Attendons donc la suite.Et pour conclure.
" Le bonheur n'est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en nous, il est impossible de le trouver ailleurs"
et
" Nous sommes ce que nous pensons. Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde " :pack02:
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Sortie d'antidote

Messagede untel » 15 Nov 2012, 02:28

Salut,
Vous connaissiez Jean ?
Accrochez-vous : voici le premier tiers d'un texte qu'il a bien voulu m'autoriser à publier : Sortie d'antidote où il raconte son arrêt du baclofene. La suite viendra après. Jean va bien pour ceux que ça intéresse, et ça fait plaisir.
Attention, c'est du lourd. N'hésitez pas à commenter.
untel
Une nouvelle page, un nouveau journal pour conserver la lueur d'un rai de lumière qui perce la lucarne, après qu'on l'ait frotté du tranch de frotter son carreau de lucarne avec la vigueur qui lui sied, ou bien avec l'à peu près d'une prudente distanciation. On balaie du regard le puits de lumière où danse la poussière des jours. On est dans un grenier, dans un grenier d'enfance autrefois peuplé de choses et d'histoires, une litanie de possibles entre les vies passées et celles que l'on avait à vivre : merveilleux dangers, frayeurs nocturnes que l'on surmonte, petits pas vers la résolution des mystères. Aujourd'hui c'est un grenier désert, mais la lumière y danse dans un carré magique, lueur du présent mais qui ranime les cendres d'hier. Chambre déshabitée sous les toits ; plus haut il y a le ciel mais on est sous un toit, on n'a que ce méchant rectangle grand comme une ardoise mais vaguement transparent, par où passe le jour.

On se revoit gamin le nez en l'air sur la pointe des pieds, à tenter de surprendre ce qu'on y voit, de cette lucarne qui baille dans sa rangée d’ardoises. Rien sans doute, quelques nuages et les plus hautes branches des cerisiers. On se demande alors de combien d'années on devrait faire marche arrière pour retenir la scie des élagueurs, le camion des déménageurs et les actes des notaires. On se demande à quelle croisée de chemins on a pu se tromper à ce point, tourner en rond pour sans cesse remonter les vieilles marches usées qui nous ramènent au grenier de notre enfance, un lieu désincarné où la mémoire se perd tant les liens sont perdus. Brocante, vide-greniers, déchetterie, petites annonces, notre histoire s'éparpille et nous sommes orphelins du sens de cette histoire. Les terrains sont vendus, morcelés. Eruption de maisons, clôtures, thuyas défensifs. Où l'on courait libre, enfant, on bute aujourd'hui sur d'hostiles verticalités. Les vieux sont morts enveloppés des choses dont on ne parle pas, mais ils parlaient si peu. Dans les rues toujours plus de métal, de fumées, toujours plus de vitesse et de vanité. Nulle part où aller et plus aucun endroit pour revenir. Alors on s'est attaché au poteau, yeux bandés pour une mort lente, pieds et poing liés dans le présent. On a figé le présent pour ne plus rien se demander, ne plus rien choisir, ne plus souffrir. Combien d'années avec notre sentence de mort pointée sur la cafetière, en tête à tête quotidien avec un œil de verre, un œil cyclopéen d'où suinte un pus mortel, un trop plein d'alambic qui jamais ne tarit ?

------------------------

Le temps, lui, a passé. Aujourd'hui, hier, une fois encore, on se libère. On retire un peu de poussière du tranchant de la main, et la lumière qui passe est celle d’un jour qui décline. On est bien assez grand maintenant pour ouvrir la lucarne – un simple châssis de métal dont l'ouverture se règle à l'aide d'une crémaillère. Mais l'on ne se risquerait plus à jeter un coup d’œil par delà les ardoises, par delà les toits qui ont poussé. On imagine trop bien. On n'ose même pas imaginer. Notre courage à rester en vie malgré tout s'émaille de ces petites lâchetés. Ou bien plus simplement évite-t-on de souffrir inutilement. On s’assoit dans la poussière, la joue caressée de lumière, et c'est encore être immobile mais c'est aussi être inatteignable. Il n'y a jamais eu de champs de ruines, jamais de poison sur l'étagère. On ne s'est jamais demandé lequel des deux enfanta l'autre.




Oh bien sûr, on les connaît ceux qui ont appris la réponse. Mais combien parmi ceux-là savent vraiment quel effet ça fait d'avoir la dérive faussée ? Oublions-les, nous seuls savons, et encore. On ne fait que des allers-retours, du sur-place malgré nos meilleures volontés. On pourrait marathoner des années entières qu'on ne quitterait pas nos décombres, qu'on resterait toujours le dos appuyé au bar, l'air de pas y toucher, l'air d'oublier le poison sur l’étagère, ce beau faiseur. On oublie l'oubli qui fait de nous des anges, des brutes d'anges mais de vrais anges - aussi gênés qu’un albatros pour peu qu'alors nous essayions de marcher - sans passé ni futur. Intemporels. Plus vraiment sur la terre, pas tout à fait dans l'au-delà, asynchrones avec le reste des vivants.

------------------------

On a croisé les statistiques. On sait que pour une large part l'angélisme est héréditaire. Hasard de la génétique, il arrive qu'une génération en réchappe ou bien se satisfasse quotidiennement d'un morceau de chocolat vers les cinq heures, quand d'autres à la même heure pressent le pas vers l'épicerie buvette, saluent à la cantonade l'épicière et le rubicond qui déjà rempli les verres au fond de la boutique. Rouge ou blanc, au goût de l'arrivant. Blanc sec, beaujolais, dans nos souvenirs une alignée de ballons sur le comptoir vermeil. Ils buvaient le canon debout, les anciens du bourg, les artisans en bleu casquette et mégot sur l'oreille, les vieux enfants du pays. On buvait avec eux, parfois, notre diabolo grenadine, et l’œil du rubicond se plissait d’une affectueuse malice. Savait-il, lui, l’homme de l’art qui connaissait la famille, que l'hérédité nous avait déjà régalé la tirelire ?

Le décalage n’était que naissant. Il deviendrait mutisme, terreur, timidité insurmontable. On ne le savait pas encore mais on l'était déjà, asynchrone. Plus prometteur encore, les adultes feignaient de l'ignorer, ce qui ne pouvait qu'asseoir la destinée. Un mur de verre se formait lentement autour de nous sans que nous y prenions garde, puisque n'étant pas seuls à nous empêtrer dans le verbal. Puisque chacun entonnait la chanson de la langue, les enfants se joignaient au concert. Tous égaux nous passions sous la même toise et la même tondeuse au coiffeur, sous les mêmes taloches et les mêmes récitations en classe. Il ne faisait pas toujours bon être le maladroit qu'on houspille alors on singeait au mieux, et d'une année scolaire à l'autre, lentement la prison s'érigeait, cette autre verticalité, translucide et têtue, qui fit de nous des solitaires bien avant que d'être en âge de faire ce choix.

------------------------

Douze jours. C'est le temps qu'on s'est donné pour renoncer à l’ultime dose de l’antidote. De courts vertiges qu’on appellera " de libération ". Syndrome du manque de l’antidote : mal être physique, humeur de chien, tics nerveux, et l’envie de s’écarter les côtes pour qu’elles arrêtent de nous rentrer dans les flancs. Sommeil en capilotade. Plus de sommeil. Les nerfs à fleur de peau et la peau en laine de verre, Le poison ? Il nous laisse en paix. Lâcher l’antidote c’est encore y être assujetti pour quelques jours. Les acouphènes vrombissent encore mais notre corps exulte enfin. On quitte les rives boueuses des obsessions nées de l’inassouvi ; s’enchaîner ailleurs ce n’est pas recouvrer la liberté. Pour les plus volontaires d'entre-nous, ceux qui persistent, c'est la double abstinence. Vertu contre vertu, vérité, contre-vérité, dégâts collatéraux partout. Si renoncer c’est faire un choix, si renoncer au poison c’est faire le choix d’une douloureuse liberté, choisir l’antidote c’est lui donner mission de nous détacher du poison, mais au prix d’autres renoncements. Dans la balance aux détriments chacun y met son lot. Il arrive pour certains que le remède détruise tout autant que le mal.

Dans un grenier désert une brève lumière descend par la lucarne et fait danser la poussière. Bonheur déchirant. On sourit de tristesse au champ de ruines : on a douze jours de répit depuis le dernier verre mais bien plus passés dans la misère. On ne sait plus vraiment quand le sol a commencé à se dérober sous nos pieds. De longs mois d’étiage pendant lesquels la mal-pendue s'est encore un peu plus détachée. Repli. Évitement. Lourdeur que le quotidien. On a douze jours de répit depuis le dernier verre mais on sait que chaque pas de liberté n’est qu’un piétinement aux portes de l’enfer. Merci, l'Hérédité.

------------------------

On n'y voyait pas malice, le vin nouveau ça foutait seulement la chiasse. L’eau gazeuse de nos verres se teintait de vin rouge. L'eau gazeuse venait des sachets du pharmacien mais le tôlé du marchand de vin se garait dans la cour. Vin blanc de l’eucharistie fraîchi au tabernacle qu’on versait dans le calice et que le prêtre élevait. Les saveurs sucrées des dimanches chez la grand-mère diabétique, liqueur de cassis ou de roses, Guignolet. Le grand placard dans leur salle à manger, où il arrivait aussi qu’on avale une autre gorgée de cassis, mais au goulot, caché derrière la table. Dans la touffeur du grenier on se rafraîchirait volontiers d’une trempée au vin où dansent les glaçons, où la boue cristalline du sucre se soulève au passage de la cuillère, comme aux chaleurs d’antan à l’ombre des cerisiers. La douceur de ces instants-là. Cet apaisement que de se remplir de manger et de boire. Faut que ça profite ; l’appétit c’est la meilleure des maladies. Pas de malice.

Le grenier s'anime d'une peuplade de souvenirs qui tournoient, comme la poussière dans une clarté de lucarne. Faisant un vain effort de mémoire pour jalonner dans le temps l'élévation du mur, la mémoire parentale est mise à contribution. Elle donne l’école pour point de départ. Que se passa-t-il alors ? Rien. Il y eu rééducation, et encore pas pour tous, mais beaucoup, beaucoup plus tard.

Comme plus de 80% des enfants qui bégaient se rétablissent spontanément, le conseil à un parent concerné était habituellement d'attendre et de voir. Le problème est qu'attendre peut être
désavantageux pour l'enfant qui pourrait bénéficier d'une intervention précoce.
Aujourd'hui, la plupart des spécialistes de la fluence recommandent que les parents
envisagent l'orthophonie si un enfant a bégayé pendant plus de six mois (1).

Mais avant l'école, qu'en était-il ? Quelle parole nous donnait-on, et surtout quel usage en faisions-nous ? Notre élocution était-elle fluente ou perçue comme telle ? L’acte de parole demandait-il déjà certains efforts ? Cette complication qui nous était spécifique n’avait peut-être pas encore atteint notre niveau de conscience, mais ce qui est sûr : du plus lointain de notre mémoire jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours eu une marche plus ou moins haute à franchir pour le passage à l’acte verbal.

Paroles d’enfance, mots d’enfants, la voix des enfants dans le concert des adultes. Parlaient-ils avec nous, ou bien nous parlaient-ils dessus ?

- Dis " s'il te plaît "
- Dis " merci "
- Qu’est-ce que tu faisais ?

Nous étions sans doute contraints de dire, comme ça se fait encore, ce que l'adulte voulait entendre.
Notre libre parole était-elle écoutée, reçue ? Puisque nos mémoires ne coïncident plus, laissons reposer les sédiments. Un fait, un seul : trois enfants d’une même lignée, n’ayant pas fréquenté les mêmes classes, sont bègues.

Charles Darwin a également bégayé. Son grand-père Erasmus Darwin a souffert de la même condition, mettant en évidence le fait que le bégaiement se retrouve dans une même famille et a probablement une base génétique (2).

Bien qu’il n’y ait aucun doute que des pressions environnementales contribuent à aggraver le bégaiement, il n’existe que très peu de preuves pour soutenir cette thèse. Ces pressions environnementales n’ont d’importance que pour les personnes ayant déjà une prédisposition biologique au bégaiement (3).

Un modèle multifactoriel pour la transmission génétique est probable.
On ne sait pas si un certain génotype mène au bégaiement, ou s'il représente
seulement un facteur de risque, et que d'autres facteurs environnementaux soient
nécessaires pour que le bégaiement se développe (2).

Le bégaiement est un trouble de cause inconnue [du] flux de la parole. Des facteurs génétiques ont été impliqués dans ce trouble, et des études antérieures sur le bégaiement ont identifié un lien avec des marqueurs sur le chromosome 12 (4).

------------------------

Le sommeil n’est pas monté dans le dernier train de nuit. Lit de ronces, nuit d’épines, l’antidote nous court après. Quand il aura renoncé, le poison prendra la relève. Autre tactique : là où l’antidote pilonne à distance en faisant siffler les oreilles, le poison pratique la guérilla urbaine. Harcèlement, escarmouches brèves. Il peut frapper partout et se sauver très vite, mais il peut aussi conquérir un quartier et nous contraindre au repli. Il ouvre des chausse-trapes et nous kidnappe, et il arrive souvent qu’on se laisse prendre juste pour mettre fin à cet hallali. Coup de semonce aujourd’hui, avec une irrépressible envie de vider un bol plein de sucreries. L’ennemi est dans les murs.

Par la lucarne du grenier, la lumière pâle d’un petit matin d’école. Un garçon s’assoit devant un bol de chocolat très épais. Il y trempe ses tartines. Il se s’arrêtera que l’estomac rempli. Ainsi lesté, alourdi, il retournera se coucher. Il retrouvera la quiétude et la sécurité de son lit. Son ventre douloureux d’être à ce point ballonné lui fournira le motif à une immobilité incongrue à cette heure. Il ne fait que retarder l’inexorable. Ce qui échappe à sa conscience, c’est le fait que cette poignée de minutes d’empêchement, répétée matin de classe après matin de classe, est un exorciseur de trac.

Les bègues montrent un désavantage scolaire de
plusieurs mois(1).

Les personnes qui bégaient manquent de confiance en elles-mêmes, évitent et se retirent des situations sociales. Mais ces caractéristiques sont des conséquences du bégaiement, devenues des habitudes réactionnelles (2).

Le bégaiement altère sévèrement la communication avec des conséquences socio-économiques désastreuses (1).

De cette complication qui était la norme de notre prise de langue émergea le doute et l’appréhension, la peur des autres. Au pied du mur qui lentement s’élevait apparurent le mutisme et le décrochage scolaire. De l’impossible parole naquirent les colères et les révoltes. De l’incompréhension naquirent l’impossible rencontre avec cet autre qu’on fuyait tout autant qu’on le cherchait, et la tendance au repli, l’isolement, et tous les maux de la solitude en contrepoint des difficultés sociales.

Puis vinrent les compensations.
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Re: Jean

Messagede Julie-Lillith » 15 Nov 2012, 03:27

Il n'y pas de bègues à l'écrit...
Merci Jean...
Merci Untel de nous transmettre les dires de Jean.
Les mots sont d'extraordinaires remèdes.
Si Jean pouvait continuer d'écrire, son histoire et la notre....

Julililith, malgré ce long silence.............. Réveillée par Jean, de loin en loin.....
Coureuse de fond....
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Re: Jean

Messagede changethescript » 15 Nov 2012, 06:30

Trop bon de lire Jeannot ... J'avais presque oublié qu'on avait eu un tel talent ...
Je vais me coucher tè !

Change
Je ne suis pas médecin.
Les conseils que je vous donne sont de simples indications de répartition des doses prescrites par votre prescripteur.
Privilégiez toujours ses conseils par rapport aux miens.
Incitez le à s'inscrire, à se former et à participer à notre FORUM MÉDECINS
Renseignez vous sur le baclofène en vous rendant sur le site ARRETER DE BOIRE
Pour une aide sur votre traitement : DEMANDES DE RÉPARTITIONS
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Re: Jean

Messagede bocly » 15 Nov 2012, 09:55

Bonjour Jean!

Merci Untel d'en faire le relais.

Jean va bien et ça, c'est l'essentiel.

Lu ton texte au réveil, à l'heure du premier café ... rien d'indigeste. :pack37:
Attendons la suite!

De plus, Julillith 'réveillée" pour notre plus grand plaisir.

Bien à toi!
: clindoeil :
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Sortie d'antidote - suite et fin

Messagede untel » 29 Nov 2012, 13:36

Voilà la suite
untel
On n’y voyait pas malice. La famille était nombreuse et l’humeur joyeuse. C’étaient de vraies fêtes,
de grandes tablées. Enfants puis ados, admis un jour au sein des adultes. Notre changement de
situation nous faisait changer de place autour des tables accolées, accédant un jour, à égalité avec la
génération des parents, aux vins et aux alcools. C’était en quelque sorte une intronisation, et c’est
toujours vrai aujourd’hui.
Assemblée de bons vivants qui savaient se tenir. Aucun conflit, aucune colère, jamais de bagarre ni
de saoulerie, la génération des parents avait réglé son compte à l’antécédent alcoolique de la famille
qui avait tapé sa femme, cassé la vaisselle, et terrorisé tout le monde. Celui qui aurait plus tard trois
petits enfants bègues était mort depuis lurette et seuls les plus âgés de ses petits enfants gardaient le
souvenir d’un grand-père tout à fait ordinaire. Ce mauvais exemple soldé, l’alcool était redevenu
synonyme de partage et de récompense. Une génération entière avait su le cantonner à ce rôle.
De la lucarne arrive une lumière de souvenirs couvrant deux décennies. Une litanie de tablées :
Pâques, noëls, communions, mariages, anniversaires. Des rires et des blagues résolvaient les
accrocs de nos relations faites aussi de silences et de non dits, de sujets évités et d’incapacité à se
dire des choses tendres, comme partout. Le souci du bon mot pour régaler l’atmosphère faisait une
toile solide qui nous abritait bien. Le bègue y tenait sa place à bon compte d’un simple mot lancé,
pourvu qu’il fût le bon, bien sûr. Mais à bonne école depuis toujours, il y excellait. C'était une
parole lancée avec élan, puis reprise avant d'achopper. Tour de passe-passe verbal qui satisfaisait
aussi l'auditoire, tant il aurait peiné de devoir patienter jusqu'à la fin d'un pénible soliloque haché
aux syllabes infiniment répétées. Ainsi, on ne parlait jamais de bégaiement et tout le monde pouvait
rigoler. Sans doute le bègue parlait-il plus comme l'auditoire souhaitait l'entendre parler, que comme
il aurait lui-même souhaité s'exprimer. Il cachait son jeu sans doute autant par honte que sur la
demande implicite de sa famille. Il agissait alors sans le savoir à son plus grand détriment, tant allait
se creuser au fil du temps le fossé d'incompréhension et les quiproquos de toutes sortes entre lui et
les autres.
L'adulte qui bégaie aura vécu des milliers de situations de parole ou il aura été embarrassé, frustré
et humilié par son bégaiement et la réaction de ses interlocuteurs (2).
Une erreur est cette croyance voulant qu'un observateur puisse diagnostiquer avec certitude si
quelqu'un bégaie ou non.[...]Quelqu'un peut être passablement disfluide et pourtant être très
détendu, nullement inquiet de son élocution et sans jamais connaître de blocage. Une autre
personne peut donner l'impression d'être complètement fluide ; mais elle fait beaucoup d'évitements
et de substitutions tout en craignant constamment de bloquer (5)
------------------------
Il est temps de quitter le grenier, la lucarne. Si la lumière qui perdure au dehors est plus vive, c'est
de redonner aux souvenirs la distance qui leur convient ; et même s'il faut encore en appeler
quelques uns, ceux-ci ne dorment plus dans un grenier de famille mais reposent désormais au fond
de nos poches. Je reprends : au fond de ma poche. Car à cet instant du récit je délaisse mes
compagnons de route, tour à tour alcooliques, bègues ou les deux. J'ai sans doute un peu embarqué
mon frère qui, s'il n'a pas eu le temps de savoir s'il deviendrait alcoolique, a eu le temps de souffrir
de son bégaiement.
Famille je vous hais ! J'avais pris mon envol vers une autre ville, un travail de nuit. Mais la famille
était un cocon protecteur. J'étais né dans ses règles et si le non-dit est difficile à vivre, le non-à-dire
est confortable. Livré à moi-même, dans cette tranche de vie qu'aucun album aux photos sépia ou
jaunies ne relate, la gamelle fut immédiate. Pour illustrer cette période, il faudrait imaginer une
enveloppe de coton à travers de laquelle les paroles des autres n'accédèrent bientôt plus à mon
entendement. De longs mois de solitude où la seule occupation était d'acheter de quoi manger, en
5
dehors d'aller travailler. Tout le reste ne fut que tentative avortée. Ce fut un long hiver brumeux,
sans le sou bien que ne dépensant guère autre chose que de la nourriture. C'était le même besoin de
se remplir qu'aux petits matins d'école, c'était toujours la même peur du vide. Un jour une lucarne
s'ouvrit.
Deux nouvelles décennies. Un grand bond dans le temps. J'avais acquis les rudiments de la vie en
société mais le relationnel restait chaotique, aléatoire. Le désert se faisait régulièrement autour de
moi mais j'arrivais encore à rebondir ailleurs. Alcool de fête. Le sport prit une place importante.
Addictive. Quelques beaux défis, de nouveaux stages de rééducation de la parole, une famille à
construire, une petite ambition de maîtriser sa vie et son parcours professionnel, jusqu'à ce séisme
relationnel majeur qui me fit dévisser de ce modeste promontoire patiemment dressé, régresser
gravement en terme de capacité d'élocution, et définitivement verser dans l'alcoolisme chronique.
La maladie avait sauté une génération pour attraper la suivante aux conditions favorables.
Une nouvelle décennie et une demie. Plus asynchrone que jamais, le vide relationnel autour de moi
est quasi total. Les chemins de la rééducation mènent parfois vers des centres d'addictologie. La
dernière tentative en date consiste à prendre un antidote, antispastique surdosé qui sature nos
récepteurs tellement avides de cette hormone de la récompense qui s'appelle dopamine, celle qu'on
fabrique quand on mange, fait du sport, joue à des jeux d'argent, baise, assouvit nos TOC, boit,
fume, etc. Pour le reste, la vie semble un point mort. Quinze années parties en fumée. Un champ de
ruines sur lequel je médite à l'obsession, mais il n'y a rien à en tirer. Passer à autre chose, bien sûr.
Mais l'asynchronie me fait toujours buter sur les murs de verre de ma prison. C'est un fragment de
l'enfance que j'emmène avec moi et qui ne grandira jamais. Passer à autre chose oui, mais seul.
Lent dévissage. Pourtant, cette expérience d'antidote appelé Baclofène est plutôt une réussite. A de
petits dosages quelque chose d'inattendu se passe : les aliments deviennent enfin nourriture et ne
servent plus de lest. Je passe six mois sans boire une goutte d'alcool. C'est vrai qu'en chemin il a
fallu laisser certains plaisirs : des Amours Délices et Grandes Orgues, il ne reste même pas les
orgues.
Les antispastiques (Baclofène) réduisent l’hyperactivité du sphincter strié de l’urêtre, mais avec
l’inconvénient d’agir sur l’ensemble de la musculature (6)
Ce qui réduit l'hyperactivité de ce sphincter chez une personne atteinte de sclérose en plaque doit
bien réduire l'activité de celui d'un alcoolique. Il n'y a plus d'orgasme, et pour les hommes on ne
peut plus parler d'éjaculation. Seulement d'une éventuelle émission de sperme.
Le côté farceur de cet antidote, c'est qu'il est plébiscité par des gens qui vouent aux gémonies le
dogme de l'abstinence des addictologues.
Lent dévissage. Crises d'angoisse à répétition. Les difficultés relationnelles deviennent rédhibitoires
pour tout ce qui ressemble à une vie sociale. L'idée de devoir prendre la parole m'effraie jusque dans
la rue où je chemine pourtant en parfait anonyme. Un passant pourrait en effet m'adresser la parole.
Comme aux pires heures de l'adolescence, quand le mur de verre se refermait sur ma scolarité,
quand j’exhortai ma mère de me faire soigner, je prends rendez-vous avec une phoniatre. Malgré
l'apaisement d'avoir enfin affaire à une personne qui perçoit d'emblée l'ampleur de mes difficultés,
malgré le sentiment de m'être posé là où je devais me poser, je ne poursuis pas les rendez-vous : au
fond de mon esprit un petit vieux malade et fripé, mauvais comme une tique, s’agrippe à son
fauteuil. " Je ne bougerai pas d'ici ! "
Las des douleurs musculaires et des difficultés respiratoires qui laminent mon sommeil et, par
rebond me lessivent le moral, j'arrête le traitement une première fois pour faire le point. Dérivatif
6
programmé : j'entreprends de grands travaux dans mon jardin, j'ai de l'aide, la vie est belle, sauf que
j'ai repris la boutanche avec beaucoup de conviction. Pas question d'être grave en cette période, je
suis patron, c'est un travail physique, il faut assurer. Je reprends donc mon antidote, augmente les
doses bien au delà de mon premier essai, mais je lâche difficilement l'alcool. Autrement dit, je
retrouve tous les inconvénients de la molécule sans les avantages. Je dévisse à nouveau. Les crises
d'angoisse sont irrépressibles sans un anxiolytique. Je jongle avec mes prises d'alcool qui
heureusement ne sont plus systématiquement quotidiennes, pour limiter l'effet addictif du mélange.
Je tiens vaille que vaille 6 semaines, puis, vaincu, je laisse tomber le Xanax et l'alcool et commence
le sevrage du Baclofène.
Je compte les jours.
Au huitième jour, un rai de lumière apparaît, qui traverse le carreau d'une lucarne que j'ai frotté du
tranchant de la main. Comme si ce geste, accompli à l'aveuglette, avait enfin atteint son but. Une
bouffée de lumière qui allège le coeur. Un possible lendemain ? Non, je ne pense pas si loin. Je
mesure simplement l'ampleur du cadeau.
------------------------
Au quinzième jour depuis mon dernier verre je guette plus que jamais l'ennemi qui me suit pas à
pas. Je n'ai pas encore retrouvé le sommeil, mais la lueur qui me baigne n'est plus celle qui traverse
un petit châssis de métal. C'est une lumière de plein ciel, comme on la voit quand on lève les yeux.
J'ai su avant de le vérifier que j'avais retrouvé de la fluence verbale. L'asynchronie, quand elle est si
forte, est presque palpable. C'est quelque chose de guingois derrière le plexus solaire. Quand je la
sens là, mes prises de parole sont catastrophiques, quelles que soient les circonstances. Je constate à
quel point la qualité du moral est importante dans cette pathologie. Puis je réalise que je suis sur les
rotules, bourré d'électricité, mal dans ma peau à cause de la descente du Baclofène, très mauvais
dormeur depuis plusieurs semaines et quasi insomniaque depuis une bonne semaine. Je soupçonne
une autre cause que le manque de sommeil à cet état dépressif persistant, et me connecte sur le
Vidal pour vérification.
Voici la liste des effets indésirables du Baclofène. Pour faire court je ne cite que ceux que j'ai subis
de façon permanente.
Difficulté à respirer (me pourrissant le sommeil, entraînant :)
-somnolence,
-fatigue,
-bouche sèche.
Trouble de l'élocution (terrain prédisposé),
Dépression (terrain prédisposé),
Bourdonnement d'oreilles (terrain prédisposé)
Douleurs musculaires.
J'ajoute l'anorgasmie, qui n'est pas mentionné dans la liste mais qui est citée par de nombreux
utilisateurs de la molécule.
Dans la balance aux détriments, chacun y met son lot. Je suis de ceux pour qui le remède détruit
tout autant que le mal.
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Cette histoire ne serait pas complète sans un épilogue qui boucle la boucle. Quand la lueur s'est faite
petit espoir de démarrer une nouvelle pause significative dans ma consommation d'alcool, j'ai
soufflé sur la braise. Il s’agit de ne pas se laisser surprendre et de conjurer le vide. J'ai aussi
commencé ce journal. A la page où j'indique avoir sollicité la mémoire parentale, j'ai, surprise,
téléphoné à mes parents. Et là, presque jaillie de ma bouche, cette question hors de propos :
- "Pépère, est-ce qu'il bégayait ?" Ma mère hésite.
- "Bien sûr, quand il avait un canon dans le nez...
- Les gens saouls ânonnent, mais ne bégaient pas forcément.
- Oui, c'est vrai, je ne l'ai pas assez connu. Attends, je demande à ton père "
Question transmise au père. J'entends : " Aaaaaaaaaaahhh !.. " sur l'air de oui, y'avait ben un p'tit
quèqu'chose.
- "Je vous demande ça car j'ai un très vieux souvenir d'avoir entendu papa dire que son père, quand
il était en colère...
- Oui, c'est vrai, mais quand on est en colère...
- Plein de gens sont en colère et ne bégaient pas pour autant. Et s'il était colérique de ne pas pouvoir
s'exprimer ?"
La conversation en reste là, me voilà avec un grand père qui perdait ses moyens quand il était saoul
ou en colère, ce qui ne mène à rien.
Je reprends le téléphone le lendemain, c'est mon père qui répond. Je lui repose la question. Et là,
avec une évidente intention de corriger les échanges de la veille, il m'explique que bien sûr, avec un
canon dans le nez, etc. mais que ça lui arrivait aussi, à jeun et pas en colère, de chercher ce qu'il
avait à dire. De ne pas trouver ses mots. D'attendre avant de commencer à parler. Je précise alors
qu'il y a autant de sorte de bégaiements qu'il y a de bègues, mais qu'il y a deux grandes familles : les
répétitions de syllabes, et les blocages, "comme moi," précisai-je. "Oui," me dit mon père. "Ça me
fait penser à toi, ça part après coup. C'était comme toi."

Jean

Biblio :
(1) Utiliser l'imagerie cérébrale pour démêler les mystères du bégaiement par Soo-Eun Chang, Ph.D
(2) Qu'est-ce qui cause le bégaiement ? de Christian Büchel et Martin Sommer
(3) Dessiner grâce au cerveau droit, de Betty Edwards et Pierre Margada.
(4) The New England Journal of Medicine - 25 février 2010
(5) Redéfinir le bégaiement, de John C. Harrisson
(6) Edimark.fr/publications/articles/les-traitements-symptomatiques-de-la-sclerose-en-plaques
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