La position du soignant

La position du soignant

Messagede Sandrine » 27 Avr 2012, 02:37

Je reprends les propos d'untel, d'il y a quelques semaines en arrière.

"A propos, ...
Il faudra qu'on parle des formations à l'empathie, à la reconnaissance de la douleur, de ce qui a changé depuis l'autre ministre là kouchner...
De la psychologie, du respect des anciens, dans le monde "hospitalier" "

Aujourd'hui, j'ai donné une journée de cours à des futurs auxiliaires de santé - ce titre étant dans mon canton de Vaud le niveau de formation le plus élémentaire, sans lequel plus personne ne peut prétendre à travailler dans le domaine de la santé.
C'est un certificat qui est donc très recherché, par des personnes qui veulent pouvoir continuer à bosser, ou alors augmenter leurs chances d'être embauchées dans des institutions qui accueillent des personnes handicapées, pour faire une formation en éducation spécialisée en cours d'emploi ou en animation socio-culturelle. Ou encore, des personnes pas plus motivées que ça, qui sont là parce que leur conseiller chômedu croit que laver les gens, leur donner à bouffer et les accompagner ici et là, c'est inné parce que ressemblant beaucoup à un rôle parental qui ne nécessite, lui, aucune certification (et mon joufflu, c'est du gallinacé, oué). Entre parenthèses, ces candidats-là, ils sortent immédiatement de formation s'ils trouvent un boulot entretemps!

Y'a de tout, quoi, comme public candidat au papier.


Cette journée de cours porte précisément sur la communication, on y parle d'empathie - qui n'est pas la compassion -, d'attitudes et de rôles professionnels à construire. On y cause de reformulation, aussi, et d'écoute active...

Ben je vais vous dire... le soignant standard a besoin de sauver le monde, et je dirais même, a besoin qu'on ait besoin de lui. Alors il y a un cap à passer pour chacun pour devenir écoutant, empathique, etc. Et le savoir-être, ça se construit, c'est long.

Ca se télescope, quoi.

Car encourager quelqu'un à trouver ses propres solutions, sans se laisser souffrir avec lui, ça exige qu'on arrive à quitter une certaine image d'Epinal et un rôle de sauveteur assez confortable, très gratifiant, en particulier quand on a peu d'estime de soi. Et je regrette de le souligner, mais nombre de soignants sont formatés par leur parcours de vie à trouver une raison d'être avant tout dans le service à autrui, l'altruisme - ce seul mot me hérisse le poil - fût-ce au détriment de leurs propres besoins.

Il y a quelque chose de vampirique qui plane sur la blouse du soignant. Ne plus s'étonner d'ailleurs de l'animal derrière la figure de Batman...

:gratt:
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Re: La position du soignant

Messagede untel » 28 Avr 2012, 11:37

Comme tes propos rejoignent mes pensées !

Tu décris là le "conflit intérieur", entre soi et soi qu'on est soignant et qu'il faut quand même vivre, malgré toutes ces pelletées de morts passées et en devenir qui te regardent encore de leurs grands yeux, à qui tu parles en leur touchant la main. Qu'il faut laver à chaque fois.
Il peut y avoir beaucoup de contradictions à savoir qu'on aide pour se plaire. C'est le paradoxe de l'altruiste. Ca ne me pose plus de problème.
On a tous nos raisons pour faire les choses, rarement celles qu'on avance.
Par exemple, je profite honteusement de ce forum pour écrire mes texticules, car j'y ai un vrai lectorat, comme une tranche de vrai gens qui réagissent, et même des qui aiment ça !
Il faut savoir faire la part des choses entre ce qu'on fait et pourquoi on le fait.

Je pensais aussi, et peut-être surtout, aux conflits "extérieurs" : ce qui se passe dans un service, s'il est mal tenu, on ne parle même plus de clinique, ça c'est partout.
Comme tout un service peut se gangrener à cause d'un ou deux incompétents, ou juste de la douce pente du laxisme, des luttes de clan, de pouvoir ou de choses qui n'ont rien à voir avec l'objectif du service. On y perd une énergie folle, et je dirais un temps coupable. Je crois même que les guerres viennent de là.
Là aussi, il faut savoir et faire savoir, ou désamorcer les attitudes en pente, celles qui risquent d'entraîner tout le groupe dans l'inertie ou la débâcle.

Dans un hôpital, ça peut faire désordre, et j'ai personnellement vu des scènes ahurissantes multiples où le patient n'existait plus que physiquement. Et encore, il ne parlait même pas.
Dans une salle de rééducation , tout un service et les malades présents qui ricanent au bon mot d'un kiné sur une patiente qui vient de se lâcher ... Ce n'était même pas un mot, il dansait autour d'elle en se tenant le nez !
Ou les vieux qu'on moque alors qu'ils souffrent d'être affaiblis !
Les vieux qu'on tutoie !
Il peut aussi y avoir un brin de sadisme dans nos troupeaux de soignants...

L'intérieur et l'extérieur se ressemblent pas mal finalement, il y a des similitudes. Il faut une fluidité des échanges, entre ce qu'on veut et ce qu'on est censé vouloir, entre soi et les autres, entre les autres entre eux.
Tu as des techniques pour ça : désamorcer les attitudes en pente ?
Faut-il énoncer le problème en public, en aparté ?
Faut il faire diversion et reprendre l'affaire en main ?
Tu formes aussi des chefs de service ?
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Re: La position du soignant

Messagede Sandrine » 28 Avr 2012, 12:04

Je ne forme pas de chefs, non...

Le pouvoir de la bouse blanche peut attirer les sadiques en puissance, fort juste.

Et quand une équipe se met à fonctionner comme ça, je ne vois qu'une solution: démissionner. Et en partant, je vais voir la personne dont le grade hiérarchique est susceptible de lui donner l'autorité pour aller voir ce qui se passe... c'est plus mon problème.

Fussé-je issue professionnellement d'un ordre hospitalier qui s'est mué du temps des croisades en ordre militaire, je n'ai pas à partir moi-même en mission de sauvetage.

A part ça, le meilleur truc qui peut arriver, c'est que les familles se plaignent; ça, ça fait bouger les choses.
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Re: La position du soignant

Messagede untel » 29 Avr 2012, 03:27

Oui, j'aurais bien aimé démissionner, mais je n'étais que patient.
En plus j'étais loin de chez moi. Ne laissez jamais un proche affaibli seul face à l'hopital !
Sandrine, j'aurais préféré que tu restes.
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Re: La position du soignant

Messagede Maman grenouille » 29 Avr 2012, 08:43

ayant été hospitalisée à plusieurs reprises, non pas pour chirurgie mais pour alcoolisme, et à ce titre, "mélangée", si j'ose avec des VRAIES pathologies psychiâtriques (ce qui, entre nous est un scandale sans nom), j'y ai aussi vécu des scènes ahurissantes,
je vous laisse imaginer le benêt, qui ne formule qu'un mot "LEGO", jouant avec le dit, en grosse taille, à qui l'on ne met qu'une couche et qui se promène ainsi dans le service, comme un poupon taille adulte, bourré de médocs, et tout ça sous l'oeil vraiment amusé des soignants!
pasque dans ce genre d'endroit, y a plus d'humanité, y a pus que des gens qui viennent faire leur quota d'heure et qui repartent!
pour le coup, pas une once d'empathie
c'est là qu'ils m'ont tellement gavé d'hallucinogènezéanxyolitiques en tous genre, moi qui ne prenait rien en arrivant, que j'ai mis des années à m'en débarrasser,
pour être tranquille avec les fous: camisole médicamenteuse! ça paraît juste moins barbare, mais pourtant...
et les ceusses à qui ça suffit pas, on les enferme, sanglé dans une chambre d'isolement bien insonorisée
les autres patients? vous allez me demander,
tellement shootés que se rendent même pas compte que y en a un qu'est plus là!
là, le rôle des soignants se résume à celui de garde-chiourme, ou de garde tout court, y a pus de chiourme...
c'est sale, dégradé, puant, on est empilé... on m'a laissé sortir quand on a été sûr à 100% que j'étais bien camée!
après y a eu les instituts privés, c'est juste plus propre et on peut avoir SA chambre,
pour le reste, c'est idem,
juste une question de façade et de pognon, ENCORE
y a encore du boulot dans les milieux psychiâtriques!!! enfin, c'que j'en dis...
demain y fera jour
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Re: La position du soignant

Messagede Sandrine » 29 Avr 2012, 11:13

Ca l'air bonnard, chez vous...
:pack71:
Qu'est-ce qui peut expliquer une telle différence d'avec chez moi?

J'assiste au pire à de la maltraitance ordinaire, larvée, plus bête que méchante...

Pour le coup de fabriquer des addictions socialement recevables ou de les mettre en lieu et place de celles qui ne le sont pas, ma foi, ça se passe aussi ainsi, et parfois même à la demande des patients.

Mais ce que vous me décrivez là, pour moi ça se passe 50 ans en arrière.

Gloups.
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Re: La position du soignant

Messagede Maman grenouille » 29 Avr 2012, 11:35

sandrine,
j'ignore quelle est ta région, moi, je suis dijonnaise et ai été hospitalisée à "la chartreuse", célèbre HP de la région, où, en fait t'es hospitalisé par secteurs de résidence et non par pathologies...
ceci expliquant les melting-poat sans les excuser néanmoins!
du coup, moi, dépressive, et trop orgueuilleuse, au départ pour consulter, je me suis moi-même rendue addict à l'alcool, qui, on le sait, a bien des vertus AD, et d 'autres connues... tu le sais
j'ai fini par consulter un alcoologue, qui m'a donné de l'euphytose, rien à voir avec ce qu'on m'a collé après!
un jour je raconterai les détails de mon hospitalisation de décembre 2001, c'était y a pas si longtemps!!!
demain y fera jour
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Re: La position du soignant

Messagede Sandrine » 29 Avr 2012, 11:38

Chez moi, ch'est en Chuiche...
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Re: La position du soignant

Messagede psy » 30 Avr 2012, 08:10

bonjour,
la psychiatrie a bien évoluée bien heureusement!! Je l'ai vu changer tout au long de mes années de pratique. Les personnels de santé sont mieux formés, sensibilisés à la bientraitance et encadrés par de nombreux protocoles. La pratique est plus réfléchie. On tient compte de l'avis des patients et des familles.
Enfin, en tant que soignante, j'essaie constament de prendre du recul par rapport à ma pratique, l'intérêt du patient étant ma priorité, je n'hésite pas à solliciter les médecins ou à intervenir auprès de mes collègues lorsque celà me parait nécessaire. Mais je sais également que le vécu en tant que patient est bien différent, se retrouver hospitalisé dans une unité d'admission sous contrainte, privé de contacts avec l'extérieur, soumis à l'institution, et aux soignants souvent débordés, c'est souvent très mal vécu et très destabilisant. :diablo:
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Re: La position du soignant

Messagede Sandrine » 30 Avr 2012, 09:08

Quand même, ce que décrit Untel serait motif à avertissement, voire licenciement immédiat, si c'était observé ou dénoncé dans un service de santé ici.

Le physio de la danse du pet devait se sentir vachement puissant, pour oser...

C'est ça, parfois: une personne donne le ton et s'empare peu à peu du jugement des autres.

Untel, porter plainte ensuite reste une démarche possible, ou du moins un entretien avec la direction. Mais je conçois que ce soit plus facile à dire qu'à faire, et que l'on craigne d'être soi-même maltraité si l'on revient ensuite en hospitalisation.

Lorsque j'étais intérimaire au CHU, dans un service d'oncologie une infirmière avait été l'objet d'une enquête cantonale, car elle prenait tranquillement l'ascendant pendant le congé-maladie durable d'une chef. Elle donnait ses ordres pour la journée à la fin de ses veilles, se permettait moult remarques désobligeantes à l'égard d'une collègue, (avec le recul, je pense pouvoir dire que c'était une perverse narcissique), bref... ça a fini en plainte au Conseil d'Etat, mais la fille qui s'est ainsi défendue avait appelé à l'aide plusieurs fois auparavant auprès de la hiérarchie; qui n'avait pas bougé mais l'a ensuite savonnée d'avoir osé passer outre. Résultat: l'autre a été invitée à entrer en psychothérapie, mais passait son temps de congé à venir chercher des alliances dans le service en protestant contre la mesure.

Une équipe qui se met à fonctionner ainsi est dans la honte de se laisser faire, d'une part. Et se met à cautionner , voire à reproduire le comportement pour conserver l'harmonie. Quiconque dénonce devient le mouton noir, aussi...
La fille qui a dénoncé la situation était québécoise, elle s'est donc grillée, et a dû prendre un emploi ensuite où elle était moins bien traitée.

C'est complexe. La déontologie représente un garde-fou, mais pas une garantie...
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